Table ronde « Femmes et sciences » au lycée Joseph Fourier d’Auxerre

IMG_0797Jeudi 6 avril dernier a eu lieu au lycée Joseph Fourier d’Auxerre une table ronde avec des femmes scientifiques destinée aux élèves de la 2nde générale à projets scientifiques.

Durant une matinée, deux intervenantes ont pu partager leur passion pour les sciences et démonter les stéréotypes qui empêchent certaines filles de s’orienter vers les sciences et les techniques aux élèves de cette classe, composée de 18 filles et 15 garçons.

Il s’agissait de Chantal Astier, biologiste, chercheuse et enseignante au CNRS, également membre de l’association « Femmes et sciences », et d’Isabelle Gallet-Coty, ingénieure en physique appliquée dans l’industrie de pointe et présidente de la start-up Saurea.

La matinée a démarré par un riche diaporama de l’association « Femmes et sciences » présentant dans un premier temps un état des lieux de la réussite des filles et des garçons dans leur cursus scolaire, puis la situation des filles dans les filières scientifiques. La filière S est actuellement composée de 47 % de filles, mais lorsque celles-ci poursuivent les sciences après le bac, c’est en très grande majorité dans le domaine de la médecine qui devient à présent majoritairement féminin. Et pour celles qui se sont lancées dans les sciences et techniques, plus les postes sont élevés dans la hiérarchie, moins il y a de femmes (c’est la notion de « plafond de verre » utilisée par les sociologues). On ne compte par exemple que 28 % de femmes professeures des universités.

La principale raison de ces différences ? Les stéréotypes ! Ces représentations de la société que l’on trouve partout et qui attribuent un rôle aux femmes et un rôle aux hommes, et qu’il nous faut absolument combattre car elles créent des discriminations. Pour exemple le stéréotype du scientifique : « C’est un homme un peu bizarre avec des lunettes et une barbe… ». La présentation a démontré à l’aide d’exemples qu’il n’y a pourtant pas de différences entre le cerveau masculin et le cerveau féminin, et que le poids du cerveau n’a aucun rapport avec l’intelligence. La récente technique de l’imagerie médicale par IRM, qui peut visualiser le cerveau en activité, a définitivement démontré qu’il existe une grande variabilité d’un cerveau à un autre, quelque soit le sexe.

Alors les filles comme les garçons, les sciences et techniques vous attendent, ayez de l’ambition dans vos choix d’études, car notre siècle est confronté à de grands défis comme l’énergie, le réchauffement climatique, les ressources en eau, etc… Les professions scientifiques sont porteuses d’emploi, notre société ayant une technicité qui augmente de plus en plus.

Les deux professionnelles présentes en sont de bons exemple. Chantal Astier est biologiste et professeure émérite à l’université Paris Sud Orsay où elle enseigne la génétique, la microbiologie et la biologie moléculaire. Et pourtant, elle a eu un parcours un peu chaotique au lycée et se destinait à l’époque plus au sport… Et puis elle a pris goût aux cours à la fac, était passionnée de laboratoire, a réalisé une thèse puis une seconde et est devenue petit à petit maître de conférences à l’université et a fait toute sa carrière dans l’enseignement et la recherche. Son carburant c’est la recherche, et elle se définit d’ailleurs comme chercheuse-enseignante, son optique étant de former des jeunes qui continueront à faire de la recherche.

Isabelle Gallet-Coty, quant à elle, a 25 ans d’expérience d’ingénieure en physique appliquée, essentiellement dans l’industrie de pointe. Bonne partout à l’école, elle s’est dirigée vers un bac S et projetait en terminale de se lancer dans des études de pharmacie. Suite à l’intervention d’un professeur venu présenter une vidéo de l’INSA (Institut National en Sciences Appliquées), elle a eu une révélation et s’est tout de suite imaginée dans cette école d’ingénieur (même si le professeur en question s’adressait surtout aux garçons…). Elle a ainsi été acceptée à Rennes où elle a suivi deux années de prépa intégrée puis trois années de spécialisation. C’est là-bas qu’elle a très vite pris goût pour la physique appliquée. Après un stage dans un service de recherche pour matériel échographique à ultra-sons, elle a obtenu son premier emploi d’ingénieure qualité programme dans l’aérospatiale, où elle a travaillé pendant cinq ans sur le programme d’un lanceur en phase de développement. Elle y était la seule femme, il lui a fallut ainsi s’imposer, mais à son retour de congé maternité elle avait été remplacée… Elle a ensuite travaillé 15 ans comme ingénieure civile à la Délégation Générale de l’Armement pour l’armée de l’air. Son parcours de femme dans ce secteur n’a pas toujours été simple, il lui a fallut fournir deux fois plus de travail que les hommes, et elle témoigne d’ailleurs des différentes discriminations dont elle a été victime, tant au niveau du recrutement que sur son déroulement de carrière. Elle a aujourd’hui créé sa start-up SAUREA à Auxerre, dans laquelle elle développe un moteur solaire qui transforme l’énergie solaire en énergie mécanique et qui a une durée de vie de 25 ans.

Ce sont surtout les filles de la classe qui se sont intéressées au parcours de ces deux scientifiques, en les questionnant sur leur salaire, sur les différences entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée, sur les stéréotypes et différences physiques entre les femmes et les hommes.

Les objectifs du professeur de mathématiques de la classe, qui sont de revaloriser les sciences en démystifiant les aspects difficiles et de favoriser l’orientation des filles vers des métiers scientifiques où il manque des femmes, semblent avoir été atteints.