Rencontre avec Gwénaëlle, conceptrice-vendeuse en aménagement d’intérieur

Crédit photo : FETE

Gwénaëlle Billon, conceptrice-vendeuse en aménagement d’intérieur, est intervenue pour la première fois cette année au Carrefour des Carrières au Féminin de l’Yonne. Elle a accepté d’être interviewée par FETE afin de présenter son métier très varié et en plein développement.

Gwénaëlle, vous êtes conceptrice vendeuse chez BigMat à Auxerre, pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste votre métier ?

Mon métier consiste à accueillir le client, le conseiller sur ses aménagements pour tout ce qui est mobilier comme la cuisine, la salle de bain, les placards, etc. Je me charge ensuite du métré de la pièce concernée puis de la conception du projet que je lui présente sur ordinateur. Une fois la vente réalisée, je me charge du suivi du chantier et de coordonner les différents cœurs de métiers. Par ailleurs, comme je suis à présent responsable du secteur cuisine, je gère sur nos quatre agences de l’Yonne le développement du secteur, la formation des salariés, la création des salles d’exposition. J’ai également en charge le choix des fournisseurs et la négociation commerciale. Je suis tenue de connaître en permanence les nouvelles tendances du marché, d’être toujours au courant de l’actualité de l’aménagement.

Comment vous êtes-vous retrouvée à exercer ce métier ?

Un peu par hasard. Au départ je voulais être architecte ou décoratrice d’intérieur, mais il y a une vingtaine d’années cela représentait des études coûteuses. J’ai eu l’occasion de rencontrer quelqu’un dans l’aménagement qui m’a fait découvrir ce métier. Je travaille depuis quatre ans chez BigMat, une enseigne internationale où j’ai commencé en tant que vendeuse. Le site d’Auxerre, grâce à mon profil, est l’un des rares de France à faire de l’aménagement.

Quel est votre parcours scolaire ?

Depuis le collège j’ai toujours eu envie de me diriger vers des études de commerce et j’ai fait le choix d’une filière professionnelle. Après un BEP Vente, j’ai obtenu un Bac Pro Vente au lycée Saint-Germain d’Auxerre, des études qui m’ont vraiment beaucoup plu car très concrètes. Et puis j’ai eu l’occasion d’intégrer une école de vente renommée dans le domaine de l’automobile propre à Renault. Et par la suite j’ai été formée avec des architectes et décorateurs d’intérieur au métier de concepteur.

Aujourd’hui des études existent pour mener vers ce métier : l’école Grégoire Ferrandi et l’école Boulle à Paris, et un BTS Design d’espace. Toutes trois de très bonnes formations. Il est en tout cas possible avec un Bac Pro de se diriger vers ces métiers.

Qu’est-ce qui vous plaît dans votre quotidien au travail ?

Ce qui m’a tout de suite plu c’est que mon métier est très varié. Je suis au bureau comme à l’extérieur et j’ai des contacts autant avec des professionnels qu’avec des particuliers. Je fais ce métier depuis une quinzaine d’années et je ne m’ennuie jamais, je ne vois pas les journées passer ! J’ai l’impression que j’ai fait le bon choix par rapport aux métiers d’architecte ou décorateur d’intérieur car je touche vraiment à de nombreux domaines.

Comment envisagez-vous votre avenir professionnel ?

La prochaine évolution possible est d’avoir mon propre magasin. Alors plus tard pourquoi pas, mais c’est un investissement très lourd. Par contre, il est vite rentabilisé.

Quelles qualités est-il préférable d’avoir pour exercer ce métier ?

Il faut avoir à la fois des compétences en vente et techniques, et il faut être pointu. Il faut aimer apprendre et s’intéresser à son métier car les normes et tendances changent tout le temps. Et bien sûr, il faut aimer aussi le contact clients et s’intéresser aux gens car on rentre un peu dans leur intimité.

Est-ce qu’en tant que femme c’est plus difficile pour vous ?

Nous sommes en effet une minorité de femmes qui évoluons dans un milieu « d’hommes ». Lorsque je communique une information à un.e client.e, par exemple, je dois toujours apporter des compléments techniques et les expliquer, car inconsciemment comme il a une femme en face de lui il va penser qu’elle est moins compétente qu’un homme. Mais je trouve cela finalement plutôt bien car je suis toujours obligée d’être performante et à la page au niveau des normes afin de pouvoir prouver techniquement pourquoi un projet est faisable ou non. Et je forme tous mes collaborateurs et collaboratrices comme ça, à la qualité, au conseil et à la technicité. C’est seulement par ce biais qu’on peut vendre. Il faut savoir qu’on ne vend pas un produit fini comme une voiture, mais on doit tout choisir de A à Z pour faire du véritable sur-mesure. Tout ce qu’on fait peut avoir des incidences sur le chantier. Bref, en tant que femme il est sûr qu’il faut avoir du caractère, s’affirmer, et aujourd’hui je n’ai plus ce rapport de force parfois un peu difficile que j’ai pu avoir avec certains hommes quand j’étais jeune en début de carrière.

Pensez-vous important qu’il y ait plus de mixité dans ce métier ?

N’avoir que des hommes peut être un frein à la vente. J’ai pu constater dans le secteur de l’automobile qu’une femme qui vient acheter une voiture n’est pas forcément à l’aise lorsqu’elle ne se retrouve que face à des hommes. Chez BigMat aujourd’hui nous ne sommes que deux responsables femmes, et il est évident qu’être responsable demande plus de temps et qu’il me faut être bien organisée pour concilier ma vie de famille et ma vie professionnelle. J’aurais pu avoir un poste de responsable plus tôt dans ma vie, mais je reconnais qu’en tant que femme j’ai un peu freiné… Je reçois peu de candidatures de femmes sur ce métier, elles postulent plutôt en secrétariat et il n’y a que des hommes en gros œuvre (une femme embauchée récemment), mais j’ai quand-même pu former au métier de conception salle de bain et carrelage une collègue qui sortait d’un DUT Techniques de Commercialisation. 

Comment évolue votre métier ?

En moyenne il y a sur le marché 150 concepteurs vendeurs de disponibles par an, ce qui est très peu par rapport au nombre de magasins qui fleurissent, c’est un marché en plein essor. Il est difficile de recruter des concepteurs, moi-même je suis régulièrement démarchée. Je n’ai jamais connu le chômage et ai toujours eu le choix entre plusieurs propositions de postes. C’est un métier d’avenir, surtout dans les grandes villes. J’ai commencé dans les cuisines en 2001, nous étions à l’époque 4 cuisinistes à Auxerre, aujourd’hui nous sommes 14. Donc un grand développement en 15-20 ans et il y a de la place pour tout le monde.

Quel message souhaitez-vous transmettre aux jeunes filles et aux femmes pour terminer cet entretien ?

Que le Bac Pro n’est pas un frein. Je n’ai qu’un niveau Bac sur le papier et aujourd’hui je mène une belle carrière avec des responsabilités et un salaire confortable. Pour ma part je préfère embaucher des jeunes en alternance que des diplômé.e.s qui n’ont jamais pratiqué. J’ai participé pour la première fois cette année au Carrefour des Carrières au Féminin de l’Yonne et ai été agréablement surprise du succès de mon stand et de toutes les questions qui m’ont été posées. Peut-être ai-je pu éveiller quelques vocations ?