Rencontre avec Valérie, géomètre experte

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Crédit photo : FETE

FETE est allée à la rencontre de Valérie Walter-Bartial, géomètre-experte à Sens dans l’Yonne. Elle partage avec nous la passion de son métier et nous donne ses impressions concernant l’égalité femmes-hommes dans une profession et un secteur encore peu féminisés.

Valérie, comment l’idée de devenir géomètre experte vous est-elle venue ?

Vraiment par hasard… Alors que j’étais adolescente, des géomètres qui travaillaient sur ma commune sont venus manger chez mon grand-père et m’ont parlé de leur métier qui m’a tout de suite intéressé. Afin d’en découvrir plus, lorsque j’étais en 1ère j’ai réalisé un stage pendant l’été qui devait être de deux semaines et qui a finalement duré deux mois. Après l’obtention d’un bac scientifique j’ai fait une prépa puis intégré une école d’ingénieur.e par alternance pendant trois ans. Pour pouvoir ensuite m’installer il m’a fallut réaliser un stage de deux ans chez un géomètre, ce qui m’a permis à la fin d’obtenir le DLPG (Diplômé par le Gouvernement). Et puis comme j’aime beaucoup étudier, j’ai poursuivi par un DESS (aujourd’hui Master 2) en Aménagement et Urbanisme à Strasbourg. Et enfin l’an dernier j’ai passé un DU (Diplôme Universitaire) en Expertise à Reims.

Comment peut-on aujourd’hui devenir géomètre ?

Aujourd’hui les cursus ont changé, ce diplôme DLPG existant toujours mais uniquement pour valider les acquis. On peut accéder à ce métier via un bac professionnel, un BTS ou une école d’ingénieur.e. Et puis on peut se spécialiser comme géomètre pour tout ce qui touche à la limite foncière, comme topographe pour mesurer et faire des études, ou comme géomètre experte, ce qui permet de s’installer à son compte et réaliser des documents officiels au niveau des impôts fonciers. Mais il faut savoir que par exemple pour un.e technicien.ne titulaire d’un BTS il faut bien compter cinq ans d’expérience avant d’être complètement autonome dans son métier.

Quelles qualités sont nécessaires pour pouvoir exercer au mieux ce métier ?

Il faut être organisé.e et rigoureux.se, être très structuré.e. D’ailleurs la formation apprend la notion de précision.

Une fois tous ces diplômes obtenus, quelle est votre activité à présent ?

Avec mon mari nous avons réalisé les mêmes études et nous sommes associés en 1998 à Sens pour créer notre cabinet BGAT (Bureau de Géomètres d’Arpentage et de Topographie). Depuis nous nous sommes développés puisque nous avons racheté en 2007 les cabinets de géomètres de Joigny et Migennes, puis en 2015 une structure de Monéteau. Nous sommes donc à ce jour à la tête de quatre structures et de neuf salarié.e.s.

A quoi ressemblent vos journées de travail ?

Elles sont très longues, et peut-être encore plus depuis quelques années. Ce n’est peut-être pas spécifique à mon métier, mais tout est devenu plus compliqué, avec constamment des nouvelles lois, plus d’administratif et plus de conseil, les client.e.s étant de plus en plus exigeant.e.s. Je me déplace dans nos différentes structures, j’accompagne mes collaborateur.rice.s sur le terrain (le terrain représente environ 60 % de mon métier). Sur le terrain on fait des mesures, avec un appareil de terrain, on recherche avec les client.e.s et les voisin.e.s les limites de propriété, les bornes. On travaille beaucoup en GPS, car il y a pas mal d’obligations au niveau des ordres professionnels. Une fois les recherches préalables réalisées, il faut demander les titres de propriété, savoir s’il y a des servitudes. Sinon tout est informatisé. Il faut avoir des notions de calcul géométrique, mais ensuite les logiciels font tout une fois les données rentrées. Sinon dans mon quotidien il y a aussi l’aspect management que je trouve très compliqué, car ayant suivi une formation très technique et juridique, je n’ai pas été formée à ça,surtout dans le cadre de la reprise de structures existantes. Et puis enfin je suis aussi experte à la Cour d’Appel de Paris depuis trois ans. Cela prend du temps sur mon quotidien, mais me change bien de mon quotidien.

Pourquoi y a-t-il encore aujourd’hui beaucoup moins de femmes que d’hommes qui exercent ce métier ?

Effectivement nous sommes beaucoup moins car actuellement on peut compter seulement 30 % de femmes salariées et 15 % en libéral. Mais la situation progresse, car lorsque j’ai fait mes études nous n’étions que 5 % de femmes, et lorsque je me suis installée il y a 20 ans nous n’étions que 3 %. Géomètre a peut-être moins aujourd’hui l’image d’un métier physique, car le poids des appareils s’est bien réduit. Poser des bornes reste quand-même assez physique, mais moins qu’avant les systèmes étant plus faciles à poser et donc nécessitant moins de force. Malgré tout géomètre reste un métier des Travaux Publics, et donc son image est associée à tous ces métiers peu féminisés.

Constatez-vous des différences dans la profession entre les femmes et les hommes ?

Moins aujourd’hui, mais lorsque j’ai fait mes études, les femmes qui entraient à l’école après deux ans de prépa passaient souvent les concours de la Fonction Publique afin de travailler à l’IGN ou au cadastre. Sinon je pense que c’est plus compliqué pour les femmes dans les milieux très ruraux, les client.e.s étant souvent des hommes, ce sont eux qui vous montrent le terrain et vous expliquent comment il faut faire… Et puis ils demandent LE géomètre. Donc il ne faut pas se laisser marcher sur les pieds, mais je constate que comme il y a plus de femmes qu’avant dans le métier, il y a moins de machisme et moins d’étonnement de voir arriver une femme. Sinon dans le cadre de climats tendus, par exemple entre voisins, je trouve que le fait d’être une femme apaise le débat. J’ai appris à être plus diplomate et à prendre sur moi. Concernant la Cour d’Appel de Paris, qui n’est dirigée que par des hommes, j’ai quand-même été refusée deux fois alors que mon mari y est expert depuis dix ans. Ce n’est que depuis trois ans qu’une femme a intégré cette Cour.

Pour terminer cet entretien, quel message souhaiteriez-vous transmettre aux jeunes filles qui s’interrogent sur ce métier ?

Le métier de géomètre est vraiment très intéressant et diversifié. Les dossiers ne sont jamais les mêmes (le contexte, le terrain et les parties sont toujours différents) et il n’y a donc pas de routine. Qu’elles n’hésitent pas à se rendre au Carrefour des Carrières au Féminin afin de découvrir de nouveaux métiers qui sortent de ceux qu’elles connaissent. Je me rends compte chaque année en y participant que mon métier est peu connu, que les filles s’intéressent plus à l’architecture dont elles entendent plus parler. Et pourtant, exception faite des gros cabinets d’architectes, un.e géomètre gagne mieux sa vie. Et puis je constate aussi que beaucoup d’entre elles se projettent avant tout comme mères de famille et se restreignent ainsi. Moi j’ai quatre enfants et suis toujours parvenue à m’organiser afin de concilier mes différents temps de vie.

 

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