Rencontre avec Thomas Mourey, infirmier scolaire

 

Thomas Mourey a accepté d’être interviewé par FETE afin de présenter son parcours et son métier d’infirmier à l’Education Nationale. Il exerce à ce jour au lycée général Jacques Amyot d’Auxerre.

Thomas, quel est votre parcours professionnel ?

Mon premier projet professionnel était de devenir professeur de sport. J’ai obtenu à la fac un Master STAPS (Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives) mais n’ai pas réussi le concours du CAPES (Le Certificat d’Aptitude au Professorat de l’Enseignement du Second degré). J’ai toutefois continué à faire des animations dans le sport, de la baby gym comme de la gymnastique adulte puis je suis devenu vacataire dans un collège. Mais je faisais beaucoup d’heures, j’étais mal payé, et tout cela restait très précaire sans emploi stable. Et puis alors que j’aidais ma compagne à préparer son concours d’entrée à l’école d’aide-soignante, je me suis intéressé à ses cours. J’ai retenté le concours interne d’EPS en vain et en parallèle j’ai postulé au concours d’infirmier, me disant qu’il s’agissait d’un métier en tension. J’ai obtenu le diplôme puis j’ai exercé pendant deux ans en milieu hospitalier avant d’intégrer l’Education Nationale.

Pourquoi avoir quitté le milieu hospitalier ?

J’y ai trouvé beaucoup d’injustices, j’ai côtoyé des collègues en vraie souffrance psychologique face à ce métier qui comprend une charge de travail importante et qui impacte notre vie de tous les jours. Les conditions de travail y étant très difficiles, je pense que l’hôpital doit être une vocation, et pour ma part j’ai décliné une titularisation par refus d’assurer des gardes de nuit mal payées. J’ai donc postulé ailleurs et j’ai obtenu des contrats dans des collèges et lycées. J’ai quitté le Ministère de la Santé pour aller vers celui de l’Education Nationale…

En quoi consiste votre travail au quotidien ?

J’assure des permanences et dois aussi avoir une dynamique d’encadrement et d’éducation à la santé. Je suis le premier référent santé de l’établissement. J’aime beaucoup la part de consultations. Je me suis construit une sorte de listing afin d’identifier les différentes problématiques. La plupart du temps on est plus dans l’accompagnement que dans le soin, surtout au lycée alors que beaucoup de jeunes se retrouvent dans des situations de mal-être liées à l’adolescence. Je peux avoir à traiter des maux bénins avec un traitement rapide si la demande est claire et précise, comme des situations plus compliquées et là cela peut prendre du temps. Au collège la fréquentation de l’infirmerie est plus importante et on fait face à plus de difficultés sociales et familiales. Mais il est impossible de généraliser car chaque établissement est différent. A l’heure actuelle je suis plutôt dans un lycée tranquille…

Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement dans votre travail ?

Le travail qui me passionne c’est la relation de soins : faire l’analyse des symptômes et des besoins en santé, formuler un diagnostic infirmier et proposer une démarche de soins. La particularité pour l’infirmier.e de l’EN, c’est que cette démarche de soins se fait de manière autonome en relation avec le jeune. Un peu comme le médecin, sans la capacité de prescription. Sinon je m’intéresse beaucoup à l’adolescence, cette période charnière dans la construction de la personnalité du futur adulte qui comprend une phase de changement du corps. Et puis il est vrai aussi que les conditions de travail m’intéressent, même si le salaire est peu élevé. Elles me permettent de concilier ma vie familiale et ma vie professionnelle. J’ai eu une véritable révélation lorsque j’étais aide-soignant à l’hôpital et que ma directrice m’a proposé une disponibilité d’un an afin de pouvoir m’occuper de mon enfant qui allait naître…

Comment ressentez-vous le fait d’être minoritaire en tant qu’homme dans ce métier très féminisé ?

Je suis passé de STAPS où il y a une majorité d’hommes au milieu hospitalier où il y a une majorité de femmes. Nous sommes 10 % d’hommes infirmiers. A l’Education Nationale nous sommes deux hommes contractuels seulement sur ce métier. Dès le début je me suis dit que je me dirigeais vers un métier de filles mais contrairement à beaucoup d’autres en tension. Je pense qu’être un homme est à double tranchant dans ce milieu… Soit les collègues sont contentes et cette mixité amène une belle dynamique, soit il m’est arrivé de tomber sur des supérieures très désagréables et comme je n’arrive pas à tenir ma langue… En fait, je l’ai plus mal vécu en tant qu’étudiant, ne supportant pas par exemple d’entendre que les étudiants ne devaient pas manger avec les titulaires, ou parce qu’en tant qu’homme on se servait plus de moi comme brancardier. Alors qu’une fois titulaire j’ai adoré ma position de garçon, me sentant reconnu pour mes compétences. J’avais vraiment l’impression d’apporter une valeur ajoutée…

Comment réagissent les personnes qui fréquentent l’infirmerie lorsqu’elles découvrent que vous êtes un infirmier et non une infirmière ?

Au départ je pense que c’est pour tout le monde pareil, il y a de la méfiance et je pense que c’est normal. Le rôle du soignant est de proposer une relation de confiance et cette relation se construit. Quand le jeune se sent écouté, compris et conseillé (c’est pareil pour l’adulte), les langues se délient et on peut aborder tous les sujets, même les plus intimes.

Quels sont vos projets professionnels pour la suite ?

Même si j’ai le diplôme d’infirmier, je dois obtenir celui de l’Education Nationale afin de pouvoir être titularisé et mettre en place des projets sur la durée en me projetant dans un établissement.  Je ne suis pas pour les interdictions qui peuvent avoir des effets inverses, mais plutôt pour essayer de comprendre pourquoi et démontrer les effets de l’accoutumance. J’ai plein d’idées avec les lycéens ! J’aimerais créer de la bienveillance entre les élèves, organiser par exemple des débats autour du tabou des règles ou encore sur la prévention des conduites à risques : drogue, tabac, alcool, réseaux sociaux, et pulsions sexuelles avec toute la dynamique affective que cela génère. Il s’agirait d’une grande dynamique à inscrire au CESC pour créer des débats internes dans les cours de SVT, d’éducation civique, de lettres, de sport, d’art… J’ai beaucoup d’ambition !