Rencontre avec Sylvie, experte-comptable

 

Sylvie Correia, experte-comptable, est intervenue pour la première fois cette année au Carrefour des Carrières au Féminin de l’Yonne. Elle a accepté d’être interviewée par FETE afin de présenter son métier souvent assez méconnu.

 

 

Sylvie, racontez-nous comment vous êtes arrivée au métier d’expert.e-comptable ?

Assez tôt j’ai su que je voulais être comptable mais je n’avais pas pensé au métier d’expert.e-comptable que je ne connaissais pas. Après un bac scientifique, comme je n’avais pas les moyens de faire de longues études, je me suis dirigée vers un BTS Comptabilité-Gestion que j’ai réalisé au lycée Fourier d’Auxerre. J’ai obtenu le prix de l’association « ID Conseil » (devenue très vite le groupe Excel) car je suis arrivée première du département lors des résultats du BTS. La remise de ce prix m’a permis la mise en relation avec divers expert.e.s-comptables de l’Yonne et j’ai pu être identifiée, ce qui m’a permis de trouver très vite un emploi dans un cabinet où je suis restée pendant 20 ans. J’ai commencé en bas de l’échelle à faire de la saisie comme aide-comptable puis comptable avec la responsabilité d’un portefeuille clients, et enfin cadre avec la supervision d’une équipe de trois personnes. J’ai évolué avec le cabinet tout en passant le diplôme de Comptabilité et de Gestion puis le Diplôme Supérieur de Comptabilité et de Gestion en candidat libre pris en charge par mon employeur, et enfin le Diplôme d’Expertise Comptable. Le fait d’être baignée dans ce monde d’expert.e.s-comptables et mon tempérament indépendant et autonome m’ont permis d’aller jusqu’à l’expertise. J’ai alors été embauchée par un autre cabinet qui recherchait un.e expert.e-comptable et j’y ai été salariée pendant quelques années.

Que comprend la formation d’expert.e-comptable ?

Il s’agit d’une formation généraliste en droit, essentiellement du droit des sociétés, fiscal, social, un peu de pénal et des affaires, permettant d’apporter les conseils adaptés à la situation du client bien au-delà des obligations fiscales. Finalement peu de comptabilité dans cette formation qui est de niveau bac + 8.

Qu’est-ce qui vous a ensuite amenée à vous mettre à votre compte ?

Une fois diplômée, il s’est posé la question de la succession de mon patron pour qui je me suis vouée pendant près de vingt années, mais il a semblé réticent à l’idée qu’une femme prenne sa place… J’ai alors décidé de m’installer et créer ma clientèle en bénéficiant d’un dispositif d’aide à la création d’entreprise qui m’a permis d’ouvrir mon cabinet en août 2017, un cabinet à Aillant-sur-Tholon que j’ai eu la chance de voir se développer très rapidement. Ma profession étant réglementée, je suis inscrite à l’Ordre des Expert.e.s-Comptables. Je fais également partie du conseil d’administration de la Chambre professionnelle des expert.e.s-comptables pour promouvoir la profession dans le département.

En quoi consiste votre quotidien ?

Les porteurs de projets doivent avoir le réflexe de l’expert-comptable, car aujourd’hui on fait bien plus que leurs déclarations fiscales. Si la fiscalité reste notre porte d’entrée, lorsqu’ils viennent me voir, je les aide surtout au choix du bon statut juridique, régime fiscal, régime social, obligations diverses, à respecter. J’apporte essentiellement des conseils. Un peu l’équivalent d’un médecin généraliste, j’apporte les réponses aux besoins, et si nécessaire je les oriente vers un spécialiste. Avec l’évolution de l’informatique et de la réglementation, le métier a beaucoup changé et nous sommes obligés d’évoluer et d’aller vers plus de conseils. Et si la formation des experts-comptables est la même pour tous, c’est ensuite l’approche et la relation humaine qui seront différentes d’un expert-comptable à un autre.

Qu’est-ce qui vous plaît dans votre métier ?

Comme je l’avais indiqué sur mon stand lors du Carrefour des Carrières au Féminin : « Je suis une professionnelle des chiffres et du droit, le sens du contact est la base de mon métier ». Pour moi la partie la plus intéressante est justement le conseil aux clients, leur amener des éléments de réponse leur permettant de réfléchir. Nous ne sommes pas que derrière des chiffres, il y a beaucoup d’échanges avec les clients, et c’est ce côté relationnel que j’aime particulièrement. L’éthique de l’expert-comptable : « Science, Conscience, Indépendance », ce qui me convient parfaitement et représente assez bien ma façon d’être et d’exercer.

Quelles qualités faut-il avoir pour exercer ce métier ?

Il faut bien entendu aimer les chiffres, être rigoureux, mais aussi avoir des compétences rédactionnelles car on fait beaucoup de comptes rendus ou rapports. Il faut savoir expliquer avec des mots simples des choses pas faciles en raison d’une réglementation très complexe.

Etes-vous aussi commissaire aux comptes ?

Le diplôme d’expertise comptable donne accès aux deux métiers d’expert.e-comptable et de commissaire aux comptes. Avec le diplôme on a le choix de faire l’un ou l’autre ou les deux, on ne peut juste pas faire les deux pour le même client. Le commissaire aux comptes a une mission légale puisque la loi impose à certaines structures un contrôle approfondi des comptes (épluchage des factures) et des procédures. L’expert-comptable de son côté offre plus une mission contractuelle, puisqu’il n’y a aucune obligation de faire appel à lui, même si cela est fortement recommandé.

Pourquoi y-a-t-il beaucoup de femmes comptables mais beaucoup moins lorsqu’il s’agit d’aller jusqu’au diplôme d’expertise comptable ?

J’ai été diplômée assez tard, à 38 ans, mais pendant mes études j’ai effectivement croisé peu de femmes et surtout plus jeunes que moi. En fait je pense que c’est plus facile quand son conjoint s’occupe bien de la maison et des enfants, car la période fiscale est très chargée avec tous les bilans en même temps et il faut toujours être au goût du jour au niveau de la réglementation, ce qui demande un travail personnel important de documentation. Dommage car c’est un métier où on recrute beaucoup ! Je constate toutefois que la profession tend à se féminiser, ce qui est une très bonne chose car quoi qu’on en dise, les femmes apportent une approche différente auprès des chefs d’entreprise, plus dans l’écoute et la pédagogie.

 

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