Rencontre avec Stéphane Alexandre, secrétaire de direction à l’Education Nationale

Stéphane Alexandre est secrétaire de direction au lycée Joseph Fourier d’Auxerre. Il nous présente son parcours et son métier très peu occupé par des hommes. 

Stéphane, pouvez-vous nous raconter votre quotidien de secrétaire au lycée ?

Nous sommes trois secrétaires et demi dans mon lycée d’environ 1300 élèves, et pour ma part j’ai en charge le secrétariat du proviseur. Il s’agit tout d’abord d’un travail classique de secrétaire de direction, à savoir traitement et diffusion de l’information (courriers, mails, notes de service…), gestion de l’agenda du chef d’établissement et surtout, mon rôle est de faire l’intermédiaire, le porte-parole ou le filtre du chef d’établissement face à toutes les sollicitations reçues aussi bien en interne (professeurs, élèves) que des familles ou des intervenants extérieurs. Je dois m’assurer de la bonne orientation des questions et sujets aux bons services et aux bonnes personnes. Ensuite je m’occupe de la gestion administrative des personnels d’enseignement et de surveillance (suivi de dossiers, congés, remplacements, mutations, contrats, etc.).  Deux de mes collègues sont en charge du secrétariat des proviseures adjointes, ainsi que du suivi administratif des élèves, de la scolarité et de l’organisation des examens. Enfin une dernière personne occupe un poste à mi-temps exclusivement consacré aux bourses et aux accidents des élèves.

Quel a été votre parcours pour arriver jusqu’à ce métier ?

Je suis détenteur d’un Bac ES et d’une Licence d’Histoire-Géographie. Au départ je voulais devenir enseignant en Histoire-Géographie, mais je n’ai pas obtenu le concours. J’ai ainsi réfléchi à un autre métier possible au sein du Ministère de l’Education Nationale afin d’être en contact avec la jeunesse. J’avais envie d’un métier utile au service des gens, de la jeunesse, de l’Etat et non pas être au service de la société de consommation ! J’ai donc passé le concours de secrétaire, un concours de catégorie B, que j’ai obtenu en 1998.

Vous avez donc intégré l’Education Nationale ; quel y a été votre parcours jusqu’à aujourd’hui  ?

J’ai obtenu mon premier poste au collège Marie Noël de Joigny au secrétariat de direction. J’avais ma formation universitaire mais ne connaissais rien aux métiers administratifs et je m’y suis très bien adapté. J’y suis resté deux ans. Je me suis ensuite dirigé vers l’Inspection Académique où j’ai exercé comme chef de bureau au service des examens et concours sous l’autorité d’un chef de division. Cette expérience m’a permis de bien connaître mon institution et mon environnement, ce qui aujourd’hui encore facilite mon travail au quotidien. J’y ai beaucoup appris notamment de mes deux collègues expérimentées. La gestion des examens était intéressante et prenante, mais au bout de cinq ans j’ai souhaité retourner en établissement scolaire afin de retrouver le dynamisme du contact direct avec les élèves.  J’ai ensuite intégré le collège Albert Camus d’Auxerre comme secrétaire d’intendance où j’ai bénéficié d’une très bonne entente avec ma collègue gestionnaire avec laquelle nous formions un vrai binôme hélas interrompu par sa retraite ! J’ai tenté ensuite une expérience en tant que gestionnaire peu concluante en termes de positionnement et de contraintes. Et comme j’aime me renouveler régulièrement pour éviter de rentrer dans une routine, et parce que j’ai aussi besoin de me remettre en cause, j’ai souhaité reprendre un poste de secrétaire de direction 15 ans après mes débuts. En faisant le tour des différentes fonctions occupées lors de ma carrière, je me suis rendu compte que c’est le poste dans lequel je suis le plus à l’aise et qui me permet d’exprimer au  mieux mes qualités  professionnelles. Depuis 2013 je suis donc au lycée Joseph Fourier d’Auxerre, mon premier poste en lycée.

Qu’est-ce qui vous plaît essentiellement dans votre travail ?

Sur ce type de poste je me sens très bien car je suis en prise directe avec le chef d’établissement, ce qui facilite le travail mais nécessite aussi une bonne entente, et de ce côté-là j’ai beaucoup de chance. Le secrétariat de direction est un point névralgique et stratégique de l’établissement. Ce qui m’intéresse beaucoup c’est le côté relationnel, et je me sens plus libre de ne pas avoir de rapport hiérarchique direct avec mes collègues, cela apporte un certain confort dans la relation avec les gens. Par contre j’ai une position d’exigence de discrétion, de secret professionnel, de loyauté et à ce titre pour certains collègues je suis assimilé « chef »…

Comment avez-vous été accueilli sur ce poste en tant qu’homme ?

Je suis le premier homme de l’établissement à occuper ce poste, mais si cela a suscité de la surprise à mon arrivée, je constate que globalement c’est très positif, que ça fait du bien à mes collègues de voir un homme. Au bout d’un moment on est surtout jugé sur ses compétences et son savoir-faire, et de ce côté-là je n’ai aucun mal à m’imposer. Peut-être que j’aborde la fonction de manière un peu différente mais je n’en suis pas si sûr ! Au tout début je me souviens quand-même avoir eu quelques petites réflexions sexistes de certains collègues masculins, du type que j’étais « la nouvelle secrétaire du patron », etc… Le plus drôle je pense, encore maintenant, c’est au téléphone. Les gens de l’institution savent qu’à Fourier c’est un homme, mais si à l’accueil téléphonique du lycée on ne dit pas « je vous passe LE secrétaire », d’entrée de jeu régulièrement on me dit « Bonjour Madame ». La plupart du temps on me dit « Au revoir Monsieur » ou « Ah pardon Monsieur », mais de temps en temps j’ai quand-même un « Au revoir Madame » à la fin. Ou parfois on me prend physiquement aussi pour le proviseur dont le bureau jouxte le mien… Je me rends compte que le métier est tellement associé aux femmes que les gens doutent parfois qu’on puisse y mettre un homme !

Pour avoir vécu certaines situations d’irrespect voire de mépris de la part de personnes me prenant au téléphone pour une femme, je me rends compte que dans certaines situations, être une femme est plus difficile que d’être un homme dans notre société. Occuper ce type de poste m’ouvre l’esprit. Pour ma part, même si nous ne sommes que trois hommes dans le département à exercer cette fonction à l’Education Nationale, j’estime ne pas occuper un poste féminin. Le poste nécessite des qualités d’organisation, de sérieux, de discrétion et  un sens certain de la communication, qualités qui ne sont pas spécifiquement féminines ! En tout cas tous ces préjugés et situations vécues me font bien rire et j’en joue parfois !

Vous qui aimez bouger régulièrement, vous devez avoir quelques projets ?

Pour le moment je suis vraiment très bien là où je suis, mais en effet, j’ai pour projet de passer le concours de catégorie A et pourquoi pas changer de région, éventuellement dans un autre Ministère en lien avec d’autres centres d’intérêts comme le patrimoine, l’urbanisme, l’histoire, le développement durable…

  

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