Rencontre avec Sandrine Champeaux, développeuse web

Sandrine Champeaux est développeuse web à Auxerre dans l’Yonne. Un métier porteur, actuellement l’un des plus recherchés par les recruteurs. Elle a accepté de répondre aux questions de FETE pour partager son parcours.

Sandrine, le métier de développeuse web, est-ce pour vous une vocation depuis longtemps ?

Pas du tout. Après le bac j’ai choisi de m’orienter vers la communication. J’ai ainsi obtenu un BTS Communication des entreprises en région parisienne.

Qu’avez-vous fait ensuite une fois diplômée ?

J’ai très rapidement intégré le monde du travail grâce à une Licence Professionnelle Relations Presse et Relations Médias en alternance. Je suis restée dix ans chez un câble opérateur. Une expérience très formatrice au fil des fusions et de l’évolution des premières offres commerciales TV et internet. J’accompagnais les commerciaux en réalisant pour eux des documents d’aide à la vente, je réalisais des campagnes locales, je travaillais avec les médias. Puis j’ai souhaité changer, car la pression devenait envahissante. Ce type de travail est très stressant et je ne me sentais plus assez disponible pour mes enfants. J’ai ainsi profité d’un plan de départ volontaire pour m’installer en province, ce qui m’a permis de me rapprocher de ma famille et offrir à mes enfants une meilleure qualité de vie. Je suis donc arrivée en 2007 pleine d’espoir à Auxerre. J’y ai retrouvé un emploi en tant que chargée de communication pour un des leaders de la distribution en électro-ménager. Je me chargeais de toute la partie édition papier, catalogues et prospectus pour les boîtes aux lettres. J’ai aussi participé à l’évolution d’un intranet au sein de l’entreprise pour les commandes en ligne. Mais cette entreprise a été revendue fin 2011 à son concurrent principal dont le siège social est à Rennes, et j’ai dû me remettre en question…

C’est là que vous vous êtes dirigée vers le numérique ?

Effectivement… J’ai rencontré par hasard l’un des conseillers numériques de la CCI. Mon parcours l’intéressait, et comme son assistante venait de partir, j’ai été embauchée avec pour mission principale d’accompagner les entreprises dans leur virage numérique, particulièrement les professionnels du tourisme dans l’Yonne, secteur compliqué avec la concurrence croissante des agences de voyage en ligne. Certains n’avaient pas encore de site internet. Puis l’outil de réservation en ligne dont je faisais la promotion a été arrêté et mon CDD en même temps. Ensuite un bref contrat chez un entrepreneur de Sens, toujours pour la partie communication, puis je me suis beaucoup questionnée. J’avais besoin, passé 35 ans, de m’intéresser à quelque-chose de nouveau et aussi d’indépendance. C’est alors que j’ai suivi une formation avec BGE destinée à des femmes porteuses de projets. J’avais besoin de vérifier que l’idée que j’avais en tête pouvait se concrétiser, et cette formation m’a bien permis de reprendre confiance en moi et de structurer mon offre. J’y ai découvert le régime de la micro-entreprise et que je pouvais bénéficier de l’ACRE. En communication on fait un peu de tout : graphisme, création de logos, stratégie commerciale, réseaux sociaux, mise à jour de sites internet… Et moi je n’y connaissais rien pour mettre à jour un site. Je me rendais compte que je me projetais comme professionnelle de la communication mais qu’il me manquait des compétences. Webforce3 venait de s’implanter à Auxerre, et j’ai choisi d’y intégrer la formation de développeur web.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur la formation proposée par Webforce3 ?

Webforce propose 2 à 3 sessions par an. Pour y entrer il fallait un bon niveau de culture générale autour du numérique, par exemple savoir citer quelques systèmes d’exploitation, savoir situer des fonctionnalités sur un PC,… et passer des tests de logique et un entretien. Dans cette formation nous nous sommes retrouvés à 18 issus de tous horizons et tous âges (de 18 à 60 ans). Certains y sont venus comme un tremplin, par exemple des jeunes sortis du système scolaire ou entre deux périodes de formation, avant de rejoindre ensuite des grandes écoles (ex. Les Gobelains, une Licence pro à l’Université de Bourgogne…), et d’autres comme moi avec dans l’idée de se mettre à notre compte. Cette formation m’a donné les bases du métier d’intégrateur/développeur. En 3 mois ½ j’ai appris à concevoir entièrement un site.

Et donc après cette formation ?

Pendant Webforce j’étais un peu confuse entre la communication classique et mes nouvelles compétences, et puis j’ai créé ma société juste avant la sortie de la formation. J’ai d’abord créé mon propre site internet, puis d’autres pour des connaissances. Grâce à ces prestations, l’idée était de me faire la main avec des gens que je connaissais, et surtout prendre mon temps. Et puis très vite une entreprise a eu besoin de mes services en intégration. Actuellement j’ai un client régulier et en parallèle quelques missions pour de la création de sites ou du community management, mais pour ce dernier domaine je trouve que ça ne paye pas beaucoup par rapport au temps qu’on y consacre. Progressivement j’ai fait le choix de poursuivre uniquement dans l’intégration et le développement.

Quelle est la différence entre l’intégration et le développement ?

L’intégration c’est le front, ce qu’on voit. C’est mettre en forme, choisir les couleurs, les emplacements, se charger du design… Le développement c’est le back, ce qu’on ne voit pas. Il s’agit de toutes les fonctionnalités qu’il y a derrière : le système d’envoi des newsletters, la programmation des volumes, à quel moment…

Et les deux n’utilisent pas les mêmes langages de programmation, même si certains outils peuvent mélanger un peu les deux.

Qu’est-ce qui vous a ensuite amenée à vous mettre à votre compte ?

Souhaitant rester à Auxerre, les possibilités étaient restreintes, par contre en télétravail on peut travailler pour des entreprises un peu partout à distance. Et puis j’aime travailler de chez moi, c’est pratique avec mes ados. Sinon quand j’ai envie de sortir de chez moi, j’ai la solution du coworking qui me convient bien. Si je le veux je peux travailler tôt le matin, tard le soir, bref je m’organise comme je l’entends en fonction de mes disponibilités.

Quels sont vos projets à présent ?

Aujourd’hui mon entreprise existe depuis 1 ans ½ et j’en vis, même si je suis encore un peu accompagnée par l’ACRE (pendant 2 ans mes revenus sont complétés par le chômage si un mois je perçois moins). Je suis plutôt bien rémunérée à l’heure, mais je souhaiterais compléter un peu. Il me faut aller prospecter de nouveaux contrats dans le développement et la création de sites web. La difficulté est qu’on ne sait jamais quand le travail arrive et du coup c’est difficile d’anticiper et d’aller chercher de nouveaux clients. Je dois parvenir à trouver un équilibre.

Qu’est-ce qui vous plaît dans votre métier ?

C’est vraiment addictif comme travail, je suis devenue une vraie accro ! Et puis comme je l’ai dit c’est un métier possible de chez soi et qui paye plutôt bien. C’est difficile pour moi de trouver des inconvénients à mon métier…

Quelles qualités faut-il avoir pour exercer ce métier ?

Il faut surtout de la patience, mais aussi de la ténacité, ne pas se décourager et lâcher face aux problèmes rencontrés. Il faut ainsi être très indépendant dans sa façon de faire, car personne ne peut trouver les solutions à notre place. Et puis il faut chercher à se documenter sur internet, continuer à s’auto-former car tout évolue toujours très vite dans ce domaine. J’ai 40 ans et il va falloir que je puisse rester dans la course face à la nouvelle génération qui arrive sur le marché avec tout de suite la bonne mise à jour. Et enfin je dirais qu’il faut une logique et ne pas être hermétique aux chiffres. Il faut bien sûr aimer être devant un ordinateur presque toute la journée. Il faut avoir envie d’aller manipuler des bases de données.

Pourquoi y-a-t-il aussi peu de femmes dans ce métier ?

Nous ne sommes effectivement pas nombreuses. Pour exemple, durant la formation à Webforce3 nous n’étions que 4 femmes sur 18, et j’ai appris que c’est la session dans laquelle il y a eu le plus de femmes.

D’une manière générale on peut constater que les femmes se dirigent plus vers le graphisme ou la gestion de projets, moins le développement. J’imagine que c’est dû à beaucoup de méconnaissance du métier.

Il ne faut pas que les femmes aient peur ! Il faut au moins se renseigner et tester le métier. Celui-ci est accessible à toute personne motivée et qui s’intéresse au sujet.