Rencontre avec Marie, directrice d’une imprimerie

28AEB96C

Crédit photo : FETE

FETE s’est rendue à Sens pour faire connaissance avec Marie Aubin, cheffe d’entreprise, et découvrir son imprimerie Braizat Etiquettes.

Marie, racontez-nous votre parcours professionnel jusqu’au poste de cheffe d’entreprise que vous occupez aujourd’hui ?

J’ai d’abord été musicienne, chanteuse, compositrice et interprète, avant d’intégrer le monde de l’économie. Nous avions créé un groupe avec mon mari, ce qui m’a permis de faire mes armes en management et communication. Je me suis ensuite lancée dans la communication, par le biais d’une rencontre avec une élue. J’ai commencé au service communication de la mairie de Sens, puis pendant dix ans j’ai travaillé dans un studio vidéo que nous avons fait évoluer jusqu’à devenir une des plus grande agence de communication de Bourgogne, ce qui a été à la fois très formateur. Cette expérience m’a donnée le goût de la gestion et du développement d’entreprise. Je me suis formée à l’École de Commerce de Paris. Il y a huit ans j’ai repris l’imprimerie Braizat Etiquettes. Moi qui pensais que l’imprimerie était un secteur en perte de vitesse, j’ai tout de suite aimé les produits, les étiquettes colorées et me suis immédiatement projetée !

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur Braizat ?

J’ai créé l’agence de communication Bien le bonjour ! qui a acheté le fonds de commerce Braizat Etiquettes à ses dirigeants qui partaient en retraite. L’entreprise s’est spécialisée sur un marché de niche : l’étiquette adhésive en bobine. Nous sommes même concentrés sur la niche de la niche, à savoir les étiquettes autocollantes en petites séries : ce que  n’aiment pas faire mes confrères. Nos clients sont très divers allant des jeunes entrepreneur.e.s qui démarrent, aux grandes marques comme Sony, Yves Rocher ou encore L’Oréal, et touchent à tous domaines d’activités. Leur point commun est d’avoir besoin de petites séries. Nous travaillons avec beaucoup de clients sur toute la France, en Suisse et en Belgique.

Comment ça se passe chez Braizat aujourd’hui ?

Nous nous développons petit à petit, notamment grâce à une présence de plus en plus importante sur internet et les réseaux sociaux. Je pense que j’ai eu le bon feeling pour apporter de la modernité. Aujourd’hui mon entreprise tourne bien, elle connaît une croissance à deux chiffres et j’ai à présent 7 salarié.e.s.

Qu’est-ce qui fait le succès de votre entreprise ?

Ce n’est pas grâce au commercial, car je n’aime pas cela et ne sais pas faire, mais je mise beaucoup sur la communication, contrairement à mes confrères qui sont principalement des hommes. Ils ont des préoccupations plus techniques que moi. Il communiquent sur leur matériel, leurs machines, alors que pour ma part l’important est plus le management, le transversal et le bien-être. Je pense que mon atout principal est de donner les outils à une entreprise pour qu’elle se développe, même si je n’y connaissais rien au départ à l’imprimerie.

Votre entreprise réussit donc essentiellement grâce à votre management ?

Peut-être que j’ai façonné la culture de l’entreprise pour que ça se passe bien. Mon job est de faire en sorte que l’entreprise se développe en choisissant les bonnes personnes pour m’entourer. J’ai la grande chance d’avoir à mes côtés une équipe jeune que j’essaye de valoriser au maximum en exploitant tous leurs talents. J’organise pour mes collaborateur.trices des séminaires, des réunions conviviales, et mensuellement des séances de massage. Ils.elles sont les meilleur.e.s ambassadeur.drices de l’entreprise.

Je fais partie du réseau CJD (Centre des Jeunes Dirigeants d’entreprise) dont le but est de former les dirigeant.e.s à mettre l’humain au cœur de l’économie. Le CJD propose des projets expérimentaux à des entreprises pilotes et formule des propositions au gouvernement pour améliorer la vie économique. Je fais également partie du réseau FCE (Femmes Chef d’Entreprise) de l’Yonne qui se concentre essentiellement sur l’entraide et dont la devise est « Seules nous sommes invisibles, ensemble nous sommes invincibles ». Entre autres choses, notre but est d’être présentes sur les mandats des instances institutionnelles pour faire porter la voix des femmes cheffes d’entreprise. J’aime aller vers ce qui me remet en question et me fait avancer !

Comment se compose votre équipe ?

Avec moi, nous sommes quatre femmes et quatre hommes et c’est une femme qui est cheffe d’atelier, ce qui n’est pas courant. Cela n’a pas toujours été facile pour elle de s’imposer au début, mais elle y parvient très bien. Plusieurs d’entre elles.eux sont passés par une école d’imprimerie et sont dans l’ensemble très polyvalent.e.s.

Qu’est-ce qui explique que le domaine de l’imprimerie reste majoritairement masculin ?

Autrefois peu de femmes travaillaient dans l’imprimerie qui était un métier assez physique, notamment pour bouger les rames de papier. Aujourd’hui, grâce aux nouvelles technologies, le port des charges lourdes est favorisé et ne pose plus de problème. Il y a donc beaucoup plus de femmes qu’avant. Sinon, l’étiquette est quelque-chose de très technique, selon les supports de pose, les traitements et adhésifs sont différents, et je pense que beaucoup de femmes ont encore du mal à se diriger vers des métiers techniques alors qu’elles en sont parfaitement capables… J’entends au quotidien qu’il y a plein d’offres d’emploi non pourvues dans des métiers techniques (électricien.ne, peintre en bâtiment, cuisinier.e, cariste…), alors les femmes, plutôt que de vous restreindre aux quelques métiers de la petite enfance, du secrétariat ou du social, foncez !

Comment considérez-vous votre statut de femme cheffe d’entreprise et dans un milieu encore très masculin ?

J’ai été sollicitée l’an passé en tant que femme cheffe d’entreprise pour participer au CESE (Conseil Économique Social et Environnemental) à Paris sur les besoins des femmes qui travaillent, ce qui m’a amenée à me poser pas mal de questions. Lorsque j’étais chanteuse, c’était facile de se mettre sur une scène, d’avoir les projecteurs braqués sur ma petite personne et de m’affirmer. Mais j’ai rencontré plus de difficultés lorsque j’ai dû me confronter aux autres dans le monde de l’entreprise. J’ai quelques anecdotes comme le refus d’une banque de me suivre lorsque j’ai repris Braizat car ce n’était pas un métier féminin… Ou alors lorsque j’ai démarré à la tête de l’entreprise, que j’ai repris les commandes en cours et me suis vue planter par un sous-traitant vraisemblablement car il ne voulait pas avoir à faire à une femme, qui de plus démarrait dans le métier… Je me suis alors dit que ça n’allait pas être facile… Du coup j’ai été d’autant plus ravie, deux ans plus tard, de faire la couverture d’un magazine spécialisé ! Mais dans l’ensemble j’ai quand-même reçu un bon accueil. J’ai l’impression que dans l’esprit des gens une femme est peut-être plus abordable qu’un homme.

Je pense que les femmes n’ont pas toujours conscience qu’elles sont défavorisées dans le travail. Certes le plafond de verre est encore imposé par de nombreux patrons, mais il y a aussi celui que les femmes se mettent elles-mêmes. Pourquoi ne pas prendre des responsabilités si on est compétente ? Je me rends compte que pendant des années j’ai manqué d’assurance pour m’affirmer et cela aurait davantage rendu service à moi-même et aux entreprises dans lesquelles j’ai pu faire un bout de chemin. Aujourd’hui avec Braizat, je fais comme je le sens, et j’essaye toujours d’évoluer pour sortir des schémas classiques de l’entreprise, donner envie aux salariés, aux fournisseurs et aux clients.

 

Partagez...Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Share on LinkedIn