Rencontre avec Laurence, directrice d’une scierie

Crédit photo : FETE

FETE est allée à la rencontre de Laurence Derbecq, directrice de la Scierie de Véron dans l’Yonne. En tant que femme cheffe d’entreprise, qui plus est dans un domaine encore très masculin, elle a accepté de nous parler de son parcours et nous donne ses impressions concernant la question de l’égalité femmes-hommes.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours scolaire ?

Depuis l’école j’ai toujours été attirée par les sciences et la technique, et il n’y a toujours eu que quelques filles, que ce soit à l’IUT ou en école d’ingénieur : en 1982 quatre filles en bac scientifique, puis deux filles en prépa, quatre filles en IUT Génie électrique, et toujours peu de filles en école d’ingénieur informatique… Mais cela ne m’a jamais dérangé et je savais que je voulais travailler dans la technique et l’industrie. Les matières qui m’ont le plus plu à l’époque, ce sont l’électricité, l’électronique et l’automatisme.

Et votre parcours professionnel ?

J’ai donc toujours travaillé dans l’industrie et j’ai pu gravir les marches petit à petit. J’ai commencé par passer environ dix ans dans l’informatique industrielle. J’avais en charge le développement et la maintenance de logiciels pour la supervision des process de production dans les industries lourdes. J’ai démarré dans la sécurité informatique, puis la programmation, mais je faisais alors beaucoup de déplacements, et pour des raisons familiales j’ai ensuite voulu me poser un peu. J’ai alors intégré un centre de formation en informatique de gestion puis j’ai supervisé ce service informatique et intégré le comité de direction, avant de racheter la scierie que je dirige aujourd’hui.

Avez-vous rencontré des difficultés lors de ce parcours parce que vous êtes une femme ?

Les vraies premières difficultés je les ai rencontrées sur la partie financement du rachat de l’entreprise. C’est ce qui a été le plus pénible et le plus blessant pour moi. La partie féminine du dossier gênait un peu, et il m’a fallut fournir deux fois plus d’efforts pour convaincre les banques. Je pense de toute façon qu’homme ou femme, quand on n’est pas dans les standards, c’est forcément plus compliqué, et là j’étais une femme dans le métier du bois qui est encore codifié masculin. C’est assurer sa différence qui est compliqué, il faut donner plus d’énergie et prendre plus de précautions. Il faut fournir des efforts pour respecter les codes et entrer dedans. Bref, Il faut faire comme les hommes mais être aussi plus convaincantes. Et au début il faut de toute façon faire ses preuves, surtout en tant que jeune entrepreneure alors que l’entreprise était fragile. Ensuite professionnellement aucun souci avec les hommes dans mon métier. C’est peut-être parce que la scierie avant moi était co-gérée par une femme et que l’équipe avait donc déjà l’habitude.

Pourquoi le choix de l’entrepreneuriat ?

J’avais appris à gérer un budget et de l’humain, alors lorsque j’ai eu envie d’aller voir ailleurs j’ai pensé à l’entrepreneuriat. Je n’avais pas tout planifié d’avance, j’ai plutôt saisi les opportunités, et à chaque fois que j’ai été confortée dans mon savoir-faire, j’ai eu envie de voir autre chose et me reformer.

Et pourquoi le choix d’une scierie ?

Parce que je suis issue d’une famille d’agriculteurs et que c’était l’activité la plus proche de mon histoire personnelle.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur la Scierie de Véron ?

Nous faisons principalement du sciage (nous débitons les arbres en tranches) pour la charpente et l’emballage. Notre clientèle très locale est composée d’artisans, de particuliers et d’industriels. Nous avons aussi une petite activité de négoce de produits finis, mais c’est sur notre cœur de métier que nous sommes les plus actifs. Il s’agit d’une des dernières activités industrielles de première transformation.

Le travail de la scierie est-il facilement accessible aux femmes ?

Je suis en recrutement en ce moment et espère bien embaucher une femme, car jusqu’à présent ma petite équipe n’a été composée que d’hommes, et je trouve qu’il y a une complémentarité entre les femmes et les hommes qui ne peut être que bénéfique pour l’entreprise. Certaines tâches peuvent être un peu plus difficiles physiquement, mais il existe des possibilités d’aide à la manutention.

Vous êtes par ailleurs présidente de l’association Femmes cheffes d’entreprise de l’Yonne, pouvez-vous nous en dire un mot ?

C’est un réseau national et dans l’Yonne nous sommes une trentaine d’adhérentes. Notre association regroupe des structures de 1 à 50 salarié.e.s, sur les métiers du commerce, du libéral, du bâtiment, de l’aménagement intérieur, de l’informatique, de l’industrie ou encore du transport. L’objectif historique est de participer à la vie économique du territoire, notamment par notre investissement dans les mandats des institutions locales, CCI, CMA, tribunaux, URSSAF, CAF, CPAM, ce qui nous distingue des autres réseaux féminins. Nous nous réunissons une fois par mois, en fin de journée à Sens, Joigny et parfois Auxerre.

Je vous laisse le mot de la fin…

Je suis un peu gênée concernant cette question d’égalité femmes-hommes, en tout cas contre la parité à tout prix et l’égalité qui doit passer par la loi. Je suis plutôt favorable à la mixité. Depuis huit ans je me rends compte qu’on vient toujours me chercher sur cette question là, parce que je suis une femme cheffe d’entreprise qui plus est dans un domaine encore très masculin. Pour moi, même si les chemins sont peut-être un peu plus compliqués que pour les hommes, les femmes qui se battent y arriveront toujours.