Rencontre avec Isabelle, surveillante pénitentiaire

Crédit photo : FETE

L’administration pénitentiaire est un secteur en pleine évolution et qui recrute. Isabelle Marco, surveillante dans l’Yonne, a accepté d’être interviewée pour FETE afin d’évoquer sa passion pour son métier, sans en cacher les inconvénients…

Isabelle, dites-nous comment se retrouve-t-on surveillante de l’administration pénitentiaire ?

Voilà un métier que l’on ne choisit pas, ou alors par défaut… mais dans lequel on reste, pour la grande majorité. Pour ma part, j’ai grandi dedans… Étant fille de directeur des services pénitentiaires, j’ai parfois été logée à l’intérieur des établissements. Baignée dans le milieu dès ma plus tendre enfance, avec pour seul point d’horizon le mirador en face de la fenêtre de ma chambre, j’ai au départ rejeté le milieu carcéral.

Rien ne me destinait à cet univers : une formation en Arts plastiques, les beaux-arts, puis des métiers dans le domaine artistique, la décoration… En pleine conjoncture compliquée, je me suis retrouvée à 22 ans sans travail ni perspectives. Sous l’impulsion familiale et sans conviction, j’ai passé le concours.

Et qu’est-ce qui vous a retenu finalement ?

Ce métier assure une vraie stabilité financière et offre des perspectives de carrière relativement rares et rapides dans le secteur public. J’ai vu mon père commencer comme surveillant pénitentiaire et terminer sa carrière en qualité de directeur des services pénitentiaires par le biais des concours internes.

Finalement on ne choisit pas ce métier que pour le côté alimentaire. C’est un métier dans lequel on reste par choix et conviction profonde, parce qu’il nous grandit, nous enrichit, notamment au niveau des relations humaines. Il y a 24 ans, alors que j’habitais à Avignon, je ne me suis pas réjouie d’être affectée à Joux-la-Ville, seule et loin de mes proches. Et pourtant, aujourd’hui, il est hors de question pour moi de remettre en question mes choix : j’aime mon travail, autant que la vraie qualité de vie que nous avons dans la région, qui offre un environnement agréable et apaisant.

Aujourd’hui, pour les nouvelles générations, comment intègre-t-on l’administration pénitentiaire ?

En ce qui concerne le métier de surveillant.e, le niveau requis est le brevet des collèges ou un équivalent. Il faut être âgé d’au moins 19 ans, être de nationalité française, jouir de ses droits civiques et ne pas avoir de mention au casier judiciaire. Après l’obtention du concours, il faut accepter d’aller en formation huit mois, dont une partie se déroule à Agen (47). Il s’agit d’une scolarité en alternance avec des périodes de stage de découverte et de mise en situation en établissement pénitentiaire.

Il est possible d’intégrer l’administration pénitentiaire pour exercer d’autres métiers : les personnels administratifs, techniques, de direction, d’insertion et de probation concourent également au bon fonctionnement de l’institution. Les conditions d’accès sont consultables sur le site du ministère de la Justice : www.justice.gouv.fr

Quelles sont vos missions aujourd’hui ?

Je suis surveillante pénitentiaire, au grade de brigadier. J’exerce de nouvelles fonctions depuis 2011. À l’issue d’une sélection professionnelle suivie d’une formation validante, je suis devenue formatrice des personnels. J’ai en charge le suivi et l’évaluation des différents publics en formation initiale qui effectuent leur stage au centre de détention de Joux-la-Ville et à la maison d’arrêt d’Auxerre ainsi que le suivi et la mise en œuvre d’actions de formation dans le cadre de la formation continue des agents titulaires du pôle de formation de Dijon auquel je suis rattachée. Je participe au recrutement, aux forums des métiers comme le Carrefour des Carrières au Féminin et j’interviens dans les lycées et collèges pour présenter mon métier.

Quelles qualités est-il préférable d’avoir pour travailler dans ce milieu ?

Il faut avoir du caractère et être en capacité de dire non. Avoir une autorité adaptée et mesurée, à ne pas confondre avec autoritarisme. Il faut avoir des capacités d’empathie tout en connaissant ses propres limites, tout est dans l’équilibre. Si notre première mission est la garde des personnes détenues en toute sécurité,  nous participons également à leur réinsertion au sein de la société. Il faut savoir faire la part des choses entre vie personnelle et implication professionnelle.

Et parce que cette interview s’adresse particulièrement aux femmes, je peux témoigner qu’il n’est nul besoin de chercher à se masculiniser pour se fondre dans ce milieu encore majoritairement masculin, car il est possible de rester féminine et professionnelle.

Quels sont les inconvénients de ce métier ?

Il faut être conscient de l’univers dans lequel on s’apprête à évoluer et ce, pour plusieurs années : une micro société avec tout ce que cela implique. Le risque d’agression est présent, au quotidien. Le bruit, la promiscuité… tout y est exacerbé. La gestion de ce quotidien difficile demande beaucoup de contrôle, d’anticipation. Nous pouvons compter sur le travail d’équipe, l’esprit de corps et la cohésion qui sont le propre de notre métier pour mener à bien nos missions.

Pendant les années que j’ai passé au centre de détention, j’aimais l’aspect prise en charge des personnes détenues. Le plus difficile pour moi a été le rythme, avec les nuits, les week-ends et jours fériés souvent travaillés. J’ai fait aujourd’hui le choix d’un poste fixe afin d’équilibrer mes journées. Notre administration, en évolution constante, permet cela.

Et ses avantages ?

Les postes et les missions sont très diversifiés, le salaire est satisfaisant, le statut de fonctionnaire protège. Les possibilités d’avancement sont réelles. Notre administration recrute massivement et offre un véritable accompagnement professionnel. Il est possible de venir voir, faire, et repartir si on sent que l’on n’est pas fait pour ça. Mais je vous assure qu’en général, on y reste !

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