Rencontre avec Gwennaël, conseiller d’orientation psychologue

6BAF8338FETE est allée à la rencontre de Gwennaël Fourreau, COP, ou Conseiller d’Orientation Psychologue, à Auxerre dans l’Yonne. Il évoque pour nous comment sa profession a évolué, sa place d’homme dans ce métier toujours très féminisé, et sa vision concernant les choix d’orientation des filles et des garçons.

Bonjour Gwennaël, pouvez-vous nous raconter comment vous êtes arrivé au métier de COP ?

Pour commencer par le déroulé de mes études, au lycée j’ai suivi une filière S, ma mère n’ayant pas souhaité que je passe un bac STI (aujourd’hui STI2D, Sciences et Technologie de l’Industrie et du Développement Durable) comme je le voulais. Puis j’ai voulu intégrer un BTS Maintenance Productique car je suis plutôt manuel, mais je n’ai pas été pris. Il est donc resté la fac et j’ai galéré en Licence Sciences pour l’ingénieur. Ma mère est psychologue et mon père éducateur, ils m’ont alors encouragé vers les sciences humaines, domaine que j’avais un peu fui je pense par opposition… Au hasard j’ai choisi psycho, et là j’ai tout de suite accroché. Pendant l’année consacrée à mon mémoire de Maîtrise en Psychologie Sociale du Travail, j’ai effectué un stage en CIO et ça m’a bien plu. J’ai alors passé le concours de COP, comme ma mère, et  je l’ai obtenu. J’ai dû ensuite suivre deux ans de formation à Lille en tant que fonctionnaire stagiaire, ce qui était plutôt bien car j’étais payé pour faire mes études. Depuis onze ans j’exerce au CIO d’Auxerre.

Aucun regret aujourd’hui par rapport à votre choix de départ dans la maintenance ?

Non, j’aime beaucoup mon métier car nous avons beaucoup de liberté dans l’organisation de notre travail. Nos missions peuvent être réalisées comme nous le souhaitons en fonction de nos envies. Je pense que c’est moins monotone que certaines autres professions. J’aime par exemple animer des ateliers avec des jeunes en décrochage scolaire, j’ai organisé des randos de la persévérance, etc… Je n’aime pas seulement recevoir dans mon bureau, mais surtout mener des actions en classe avec des ateliers thématiques comme l’estime de soi ou la persévérance.

En quoi consiste exactement votre travail de COP ?

C’est un métier qui a beaucoup évolué, qui est plus valorisé qu’avant. Il faut d’abord savoir que notre profession glisse de l’orientation vers le psychologique. Les psychologues scolaires et COP fusionnent pour former un grand corps de métiers qui s’appellera les Psychologues de L’Éducation Nationale. Avant nous faisions 80 % d’orientation et 20 % de psychologie, maintenant c’est moitié-moitié. Pour moi c’est une évolution naturelle. Nous ne sommes pas là pour faire de la thérapie mais proposons un lieu d’écoute, d’accompagnement et de relai vers des structures extérieures.

J’exerce actuellement dans deux établissements réputés difficiles d’Auxerre, un collège et un lycée, mais c’est un choix de ma part. Certaines de mes collègues peuvent intervenir dans cinq établissements différents. Et un après-midi par semaine j’assure une permanence au CIO. En parallèle, je suis formateur académique dans plusieurs domaines : depuis sept ans j’anime par exemple un groupe de travail sur le décrochage scolaire, j’aide des équipes dans des établissements sur le tutorat ou la gestion de classe. J’ai été mobilisé sur la réforme du collège, et j’anime des formations plus ponctuelles pour les AESH (Accompagnants des Elèves en Situation de Handicap) dans le cadre de vacations en dehors de mon temps de travail qui me permettent de sortir de mon quotidien et m’apportent une grande richesse dans mes propres pratiques.

Pourquoi constate-t-on que beaucoup plus de femmes que d’hommes exercent ce métier ?

Effectivement, c’est moins de 10 % d’hommes dans ce métier et nous sommes deux parmi les titulaires dans l’Yonne. Je pense que spontanément les hommes vont moins vers ce genre de profession, comme la plupart des métiers du social ou de l’enseignement, et c’est sûrement lié aux carrières et à l’aspect financier. Dans la psychologie il existe d’autres professions bien mieux rémunérées… Je me pose quelques questions concernant le nouveau nom de notre métier, ne va-t-il pas renforcer le fait que plus de femmes postulent ? Et puis il n’y aura plus le terme « orientation », c’est le côté clinique qui sera mis en avant. Il va falloir réfléchir à une nouvelle manière de nous présenter… Psychologue de l’orientation ?

Comment vous sentez-vous considéré par rapport à vos collègues femmes ?

J’ai l’impression que je me démarque plus par ma personnalité que parce que je suis un homme. Mais les chef.fe.s d’établissement étant en majorité des hommes, je ressens qu’en tant qu’homme j’ai un statut plus reconnu que mes collègues, qu’il est plus facile pour moi d’avoir une reconnaissance institutionnelle. Le plus compliqué pour un homme dans ce métier, c’est que les jeunes filles veiennent moins se confier à moi qu’à une femme sur certaines problématiques.

Et quels constats faites-vous concernant les choix d’orientation des filles et des garçons que vous recevez ?

Je suis plutôt pessimiste, car je n’ai pas constaté d’évolution notable en 11 ans de carrière, les choix d’orientation des filles et des garçons étant toujours aussi stéréotypés. On n’en sort pas des filles qui au collège envisagent plus tard de travailler dans la petite enfance ou dans le soin aux petits animaux, et des garçons qui eux se tournent plus de leur côté vers la mécanique ou la conception des jeux vidéos. Mais peut-être que c’est moins le cas dans des milieux plus urbains…

Pensez-vous que les filles manquent plus d’ambition que les garçons ?

Je pense que dans l’Yonne c’est plus du déterminisme social que sexué. Par contre il est clair que dans l’ensemble les filles manquent plus de confiance en elle.

Auriez-vous des solutions pour faire avancer les choses ?

Il faudrait agir bien plus tôt auprès des jeunes, dès la crèche ou la maternelle pour éviter que les stéréotypes s’installent de trop. Pour ma part je suis vigilant, mais je me rends bien compte que j’ai parfois des censures et que je vais spontanément exclure la présentation de certains métiers à des filles ou des garçons. Par exemple la petite enfance aux garçons ou un métier un peu physique du bâtiment à une fille. En fait je les présente mais les vends moins bien, sauf si je sens qu’il y a une accroche de la part de l’élève.

J’ai senti une évolution positive au niveau des outils de communication (ex. des brochures ONISEP), mais il est vraiment difficile de faire changer les comportements. Il y a encore beaucoup trop de freins et je pense que cela va prendre plusieurs générations. Nous avons peu de leviers au quotidien pour influer là-dessus. J’ai constaté que l’information n’a aucun effet sur le choix des pratiques et qu’il faut plutôt privilégier d’autres méthodes avec les jeunes. Pour parvenir à modifier leur comportement, il faut réussir à amener les jeunes à s’engager dans des actions, qu’ils soient acteurs de ce comportement.

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