Rencontre avec Florence Vialle, tailleuse de pierre et intervenante du Carrefour des Carrières au Féminin de l’Yonne

Florence Vialle a fait partie des 70 intervenantes du Carrefour des Carrières au Féminin de l’Yonne en 2015. Nous sommes allés à sa rencontre pour parler de son métier de tailleuse de pierre.

Tailleuse de pierre

Source: FETE

Bonjour Mme Vialle, pouvez-vous nous expliquer votre parcours ?

Après mon Bac j’ai réalisé des études d’histoire et ai obtenu un Master lors duquel mon mémoire a porté… sur l’Histoire des femmes ! Je me suis ennuyée prodigieusement pendant ces études, et ne voulais pas me lancer dans une thèse. Ce qui m’intéressait par-dessus tout, c’était voir la structure des bâtiments, voir les pierres qui ne sont pas visibles des touristes. J’ai alors choisi de suivre une formation en maçonnerie et en taille de pierre à Cholet puis à Blois, qui a duré sept mois. Il m’a fallu ensuite de la pratique donc j’ai passé six mois en entreprise.

Que faites-vous aujourd’hui ?

Je viens du Nord et me suis récemment installée en Bourgogne, à Asquins dans l’Yonne, au sud de Vézelay. Une région très intéressante car pleine de cailloux très différents. Je travaille depuis deux ans dans la maçonnerie. J’étais auparavant maçonne du bâti ancien, et depuis un an dans la taille de pierre. J’ai d’abord eu une première commande, puis les commandes se sont enchaînées, c’est pourquoi je me suis mise à mon compte depuis le 5 janvier dernier, à 28 ans.

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier ?

J’adore ce que je fais et considère que c’est « d’utilité publique ». Mon métier est extrêmement diversifié. Il y a une partie très intellectuelle, avec des casse-tête réguliers. C’est aussi un métier qui a une vraie aura. Je commence à avoir une très bonne réputation et, en tant que femme, c’est peut-être un préjugé, mais je suis considérée comme plus appliquée. Il y a du travail dans ce domaine, car la tendance est au renouveau du charme de l’ancien. Je travaille beaucoup avec la chaux, et non avec du béton ou du ciment, car elle allie écologie et conservation du patrimoine. Je ne suis pas là par hasard. Il y a une démarche intellectuelle de remise en question des codes habituels, sur les « métiers d’hommes » par exemple…

Est-ce un métier physique ?

Le métier est certes physique, mais avec les moyens modernes de manutention, pas besoin de développer de la force physique. J’y arrive donc sans aucun problème !

Avez-vous rencontré beaucoup de femmes tailleuses de pierre ?

Très peu, mais j’ai quand-même suivi ma formation avec une ancienne éducatrice spécialisée, et plus tard nous envisageons éventuellement de nous associer toutes les deux. Sur le chantier médiéval de Guédelon, il y a aussi une femme tailleuse de pierre. Et pendant mes études à Blois j’avais aussi rencontré une tailleuse de pierre, qui était fille d’un tailleur de pierre.

Comment êtes-vous considérée en tant que femme dans le métier ?

Sur les chantiers en tant que femme ça se passe très bien. Je n’ai jamais subi de réflexions désagréables. Par contre, je suis systématiquement félicitée, ce qui est parfois pénible. Ou sinon il y a aussi beaucoup de gens qui veulent faire à votre place.

Comment votre choix professionnel a-t-il été perçu par votre entourage ?

Ma famille l’a très mal perçu au début, mes parents considéraient qu’il s’agissait d’une « régression sociale ». Aujourd’hui ils sont ravis et fiers de moi.

Quels conseils donneriez-vous aux filles qui se questionnent sur leur orientation ou à des femmes qui envisagent de se reconvertir ?

Qu’elles n’hésitent pas à faire des stages de découverte, et qu’il ne faut pas être bloquée par des préjugés. Les hommes sont à présent prêts à voir des femmes sur les chantiers et admettent que c’est dans l’air du temps que les métiers soient de plus en plus mixtes.