Rencontre avec Emilie Barbier, ébéniste-restauratrice de mobilier ancien

Emilie Barbier, ébéniste-restauratrice en mobilier ancien, est intervenue en janvier pour la première fois au Carrefour des Carrières au Féminin de l’Yonne. Elle a accepté d’être interviewée par FETE pour présenter un métier d’art : l’ébénisterie.

 

Emilie, comment êtes-vous venue au métier d’ébéniste ?

J’ai passé mon bac scientifique au lycée Chevalier d’Eon de Tonnerre, et à la base je me dirigeais plutôt vers l’optique ou la pharmaceutique. Le bois m’intéressait depuis longtemps mais je ne connaissais pas plus que ça. Petit à petit je me suis surtout intéressée à la restauration du bois plus qu’à la création et me suis finalement tournée vers un CAP d’un an à Saint-Quentin, dans l’Aisne, où j’ai surtout appris la pratique et la théorie du bois. Pour apprendre la restauration il n’y a que le DMA (Diplôme des Métiers d’Art), soit à l’école Boule à Paris, soit à Revel à Toulouse. Et c’est ainsi que j’ai obtenu l’équivalent d’un bac pro en ébénisterie à l’école Boule. Puis, au cours de mes stages j’ai découvert la formation BTMS de niveau Bac + 2 en restauration. La seule qui existe en France est en Auvergne et par le biais de l’alternance, et je l’ai intégrée. A l’époque j’ai donc beaucoup fait la navette entre l’Auvergne, Paris et l’Yonne. Suite à ces deux années d’école, j’ai été embauchée dans un atelier à Paris. C’est surtout en visualisant, en regardant comment les autres font qu’on apprend le métier.

Depuis peu, vous vous êtes mise à votre compte, pouvez-vous nous raconter ?

Effectivement, je me suis installée en juin 2017 à Sormery, près de Saint-Florentin, et c’était la seule solution pour moi car je voulais revenir dans l’Yonne mais il n’y avait pas assez de travail chez les artisans locaux.  J’ai l’avantage qu’il y a peu de concurrents dans ma région. Grâce à Pôle Emploi j’ai pu bénéficier de la formation « Demain je créé » avec BGE pendant un mois, et je profite aussi d’un suivi NACRE pendant trois ans. Pour faire connaître la restauration, je fais des salons, des marchés, sur lesquels je vends des étuis, coques de téléphone, boîtes à pilules, ou encore des bijoux. Je remets la marqueterie au goût du jour et c’est la création de ces petits objets qui me permet de compenser.

Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement dans votre travail ?

Le travail manuel, le bois chaud… Je suis très intéressée par l’histoire du meuble, des styles et des techniques. Je n’aime pas les machines et c’est pour cela que je me tourne vers la restauration des meubles anciens. Je me rends compte dans mon quotidien de restauratrice que mon bac scientifique m’aide beaucoup, notamment la chimie, car la chimie du bois c’est très particulier. Je ne regrette aucun des choix que j’ai fait et j’aime pouvoir m’organiser comme je veux. Par contre, il faut savoir que c’est plus un métier de passion que pour gagner de l’argent. Pour ma part, influencée par mon entourage familial (un père dans l’artisanat en rénovation du bâtiment), je connaissais la réalité et je n’ai donc pas été étonnée.

Votre métier tend à se féminiser un peu, non ?

Tout à fait, il y a de plus en plus de femmes sur ma génération de moins de 30 ans. Et pour exemple, à l’école Boule nous étions 5 filles pour 5 places en restauration, et dans l’autre DMA en restauration elles étaient 8 filles pour 9 places. En Auvergne, j’étais la seule sur la formation en restauration. Ce qui montre bien que la restauration est une spécialité de plus en plus féminine, alors qu’on retrouve beaucoup plus les garçons en création et à leur compte. D’une manière générale on constate qu’à la sortie de 3ème en CAP il y a très peu de filles (1 ou 2 pour 15), mais qu’il y a plus de filles après le bac, en situation de reconversion comme moi. Je fais aussi le constat que dans l’ensemble, les patrons ne sont pas trop machos et plutôt contents de l’augmentation de la proportion de femmes dans le métier, qu’ils trouvent notamment plus minutieuses pour les finitions au vernis au tampon…

Est-ce que vous avez connu des moments un peu difficiles en tant que femme ?

Je peux dire que ça s’est toujours bien passé pour moi, même si j’ai été témoin une fois dans une grosse menuiserie du machisme d’un chef d’atelier envers une apprentie à qui il ne confiait que du balayage et du ponçage. Je pense que je suis tombée sur des bonnes entreprises et que le côté restauration véhicule plus de valeurs et de respect des choses, et donc certainement aussi des personnes.

Comment voyez-vous votre avenir dans la profession ?

Actuellement je consacre 2/3 de mon temps à la fabrication et 1/3 à la restauration, et j’aimerais bien inverser la tendance. J’ai aussi le projet de prendre des stagiaires avec moi pour donner la même chance que j’ai pu avoir à d’autres. J’ai encore tellement de choses à apprendre ! Il y a une telle étendue des techniques et connaissances à avoir qu’on ne peut pas tout apprendre tout de suite. Pas évident en étant seule derrière mon établi… Je vais donc m’imposer à aller travailler chez d’autres maîtres de stage pour continuer à me former. Il faut aussi que je trouve du temps pour faire des vide-greniers et des brocantes afin de récupérer des matériaux. Mais le temps passe tellement vite !…

 

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