Rencontre avec Claire Kemp, développeuse d’affaires en sécurité informatique

Claire Kemp est développeuse d’affaires en sécurité informatique dans l’Yonne. Elle a accepté de répondre aux questions de FETE pour partager son parcours, et faire découvrir un peu plus le domaine de la cybersécurité, très porteur mais encore peu connu du grand public.

Claire, pouvez-vous commencer par nous raconter votre parcours ?

Après avoir interrompu mes études dans une école de commerce parisienne qui ne me convenait pas, j’ai pris le cap pour Düsseldorf en Allemagne, pays pour lequel je nourris depuis toujours une vraie passion. Très rapidement j’y ai décroché un emploi dans la saisie de données au sein d’une entreprise américaine. Au contact de chacun.e de mes collègues, j’ai rapidement intégré les process, et d’une mission qui devait durer juste une journée, j’y suis finalement restée cinq ans…J’y suis devenue superviseur du call center. Il s’agissait d’une entreprise qui avait le monopole mondial dans la vente de certifications informatiques. Une expérience formidable grâce à une équipe composée de six nationalités différentes. J’y parlais autant l’Allemand que l’Anglais, et c’est à ce moment-là que j’ai commencé à beaucoup voyager. Après cette première expérience significative dans la certification de personnes, de retour en France et complètement trilingue, j’ai obtenu un poste dans la vente de matériel et traduction de catalogues, que j’ai occupé pendant sept ans dans une entreprise allemande qui vendait du matériel informatique. Je n’avais alors pas encore l’idée d’avoir un jour ma propre entreprise, mais cette envie s’est développée de plus en plus au gré de mes expériences professionnelles.

Et puis vous avez décidé de vous lancer dans l’entrepreneuriat ?

J’ai profité des budgets formation pour me former sur les nouvelles réglementations du code des marchés publics. Mon idée de départ était de proposer à des TPE et PME mes services en matière de prise en charge de leurs appels d’offres, jusqu’à ce que je rencontre une opportunité dans le domaine de la cybersécurité. J’avais trouvé de quoi donner du sens à mon travail en permettant à des personnes de retrouver un emploi ou progresser dans leur carrière par le biais de la formation et de la certification. En juillet 2007 j’ai ainsi créé l’entreprise IT.Gnosis (connaissance de la technologie de l’information) qui propose des contenus à des centres de formation professionnelle et à des grandes écoles et universités pour des formations et certifications en cybersécurité. Notre métier est de sensibiliser les entreprises aux bonnes pratiques et aux risques liés à Internet. Grâce à un réseau de formateurs dans toutes les langues européennes, mon entreprise se charge également  de la mise à disposition de formateurs accrédités. Nos formations s’adressent à l’utilisateur lambda comme au RSSI (Responsable Sécurité des Systèmes d’Informations), et la plus vendue est celle qui permet d’apprendre à penser comme un hacker (pirate informatique) pour mieux s’en prémunir.

Une activité qui semble nécessiter de nombreux déplacements, non ?

Effectivement, si le siège de l’activité est dans le village de Senan dans l’Yonne, avec mes deux collaborateurs nous sommes amenés à nous déplacer très fréquemment chez notre cinquantaine de partenaires et à des conférences aux quatre coins de la France comme à l’étranger.

Est-ce facilement conciliable avec une vie de famille ?

J’ai trois enfants, et lorsque mon mari en a eu l’opportunité c’est beaucoup lui qui a assuré le quotidien. Sinon tout est question d’organisation, et pour nous qui sommes très tournés vers l’international, faire appel à une jeune-fille au pair peut être une excellente solution ! Sinon le siège de ma société a été installé dans la grange de ma maison, donc lorsque je ne suis pas en déplacement, je suis sur place et libre de mon organisation en tant que cheffe d’entreprise.

Pressentez-vous de belles opportunités pour votre entreprise dans le futur ?

Bien sûr puisque notre approche est internationale ! Si nous sommes déjà présents dans 12 pays, principalement en Europe et Afrique francophone, il reste encore de nombreux territoires où nous pouvons renforcer notre présence. Le problème réside plutôt aujourd’hui dans le fait qu’il n’y a pas suffisamment de personnes formées en cybersécurité pour satisfaire la demande. Il s’agit d’un marché dynamique, car les entreprises prennent de plus en plus conscience de la nécessité de se sécuriser, et puis elles ont des responsabilités légales comme le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données). Mais comme elles ne trouvent pas suffisamment de ressources à embaucher, la demande en formation et certification est croissante. Aujourd’hui je n’ai pas besoin de démarcher de nouveaux partenaires, c’est mon entreprise qui est démarchée. Pour moi le plus important est la relation de confiance avec les partenaires, et ce qui m’intéresse est de construire des projets sur la durée. J’ai déjà recruté deux jeunes polyglottes par le biais de l’alternance, une opportunité que je trouve formidable pour les entreprises, et maintenant que la surface de nos locaux a été doublée, je vais pouvoir renforcer mon équipe.

Comment expliquez-vous qu’il y ait encore si peu de femmes dans ce domaine ?

Cela est une réalité, puisque lors de la première conférence sur la cybersécurité où je me suis rendue, nous n’étions que 5 femmes sur 600 participant.e.s. Mais je ne l’explique pas bien, car il est évident que ce n’est pas lié à des différences sexuées, les femmes étant par exemple beaucoup plus nombreuses au Maroc dans ce domaine que les hommes… Il s’agit d’un domaine recherché et rémunérateur, alors les Français comme les Françaises ne devraient pas hésiter à découvrir ce secteur passionnant !