Rencontre avec Alexis en CAP Petite Enfance au lycée Vauban d’Auxerre

Alexis Petite enfanceAlexis a 17 ans, originaire de Nevers, il est sur le point de valider son CAP Petite Enfance au lycée Vauban d’Auxerre. Et il est le seul garçon dans sa classe… Comment Alexis vit-il le fait d’étudier dans une classe composée uniquement de filles et dans un domaine hyper féminisé ? FETE l’a rencontré afin de le questionner sur son ressenti.

Bonjour Alexis, pourquoi as-tu choisi cette voie de la petite enfance ?

Je n’ai malheureusement ni petit frère ni petite sœur, mais j’ai toujours aimé les tout petits qui viennent d’ailleurs naturellement vers moi. Cette idée m’est venue au collège, en 4ème, lorsque j’ai commencé à réfléchir à mes choix d’orientation, et puis mon stage de 3ème en école maternelle a confirmé mon choix.

Comment a réagi ton entourage face à ce choix plutôt atypique pour un garçon ?

Ma famille a été très heureuse pour moi que j’ai pu trouver facilement un métier qui me plaise, par contre les moqueries sont plutôt venues de mes amis… J’ai eu le droit à des « t’es qu’un sale pédophile »*, ou encore « tu vas dans un métier de filles donc tu es gay », etc… Parfois c’était vraiment très méchant ! ** En fait surtout des remarques par rapport à l’homosexualité avec des questions fréquentes comme « est-ce que t’es gay ? ».

*Les stéréotypes de sexe sont encore tenaces en France. Certaines personnes laissent encore entendre qu’un homme ne peut pas naturellement s’intéresser aux enfants et que cet intérêt feint, non naturel, ne peut cacher qu’une perversion. Ce genre de propos, en plus d’être faux, ralentit l’arrivée des hommes dans les métiers en contact avec les enfants.
** Ici, Alexis indique percevoir les questions/affirmations sur sa sexualité comme des propos méchants, insultants. Aujourd’hui encore il faut lutter contre les stéréotypes de sexe et l’homophobie qui font croire que l’homosexualité des hommes s’associe au féminin, qu’être associé à du féminin en tant qu’homme est insultant et qu’un homme doit donc se sentir insulté quand on le questionne sur sa sexualité.

Comment l’as-tu vécu ? Y étais-tu préparé ?

Au début je l’ai très mal vécu, j’ai même failli abandonner. Et puis je ne m’attendais pas à être le seul garçon au milieu de toutes ces filles. L’ambiance entre filles n’est pas toujours simple… Et puis les professeurs s’adressent très souvent « aux filles », comme si je n’étais pas là… Mais bon, j’ai quand-même été facilement intégré, pas mal chouchouté, et je me suis lié d’amitié avec toute la classe. Comme je suis neutre, je pense que j’apporte un peu d’apaisement dans une classe où il y a beaucoup de conflits. Je fais même des jaloux parmi les garçons d’autres sections !… Et puis je partage de bons moments de complicité avec les professeurs. Aujourd’hui j’assume plus et surtout j’aime beaucoup ce que je fais.

Est-ce que pour trouver des stages c’est plus difficile pour toi dans ce domaine en tant que garçon ?

Non, au contraire, c’est même plutôt une chance pour moi d’être un garçon ! Il manque d’hommes surtout dans les crèches et les écoles, les professionnelles de ce domaine en ont bien conscience. J’ai déjà effectué deux stages à Auxerre, le premier dans une école maternelle et le deuxième dans un multi-accueil, et un troisième dans une école primaire à Nevers, et à chaque fois je n’ai jamais croisé d’autres hommes dans les équipes. Je pense que ça manque beaucoup plus de présence masculine, plus de mixité dans ce domaine tout simplement.

Est-ce que ça s’est toujours bien passé ? N’as-tu pas rencontré un peu de réticence, notamment de la part des parents ?

Si, au tout début de chaque stage, surtout de la part des parents qui ne venaient jamais me parler ou demandaient pourquoi j’étais là…

Puis je me suis rendu compte que les papas s’adressaient plus volontiers à moi.

Entends-tu régulièrement des clichés concernant les hommes dans la profession ?

J’entends régulièrement qu’ils n’ont pas l’instinct maternel que peuvent avoir les femmes… Pour ma part mes professeurs disent souvent que je suis sérieux et appliqué et que j’ai une grande douceur avec les enfants. La seule chose que je n’aime pas trop faire, c’est changer les couches ! (rires) Mais ça je ne crois pas que c’est parce que je suis un garçon !…

Quels sont tes projets lorsque tu auras obtenu le CAP ?

Je vais commencer par passer le BAFA. Ensuite j’ai envie d’intégrer une première professionnelle SPVL (Service de Proximité et Vie Locale) à la rentrée prochaine, dans le domaine social, afin d’apprendre à aider encore mieux les enfants. J’aime la tranche d’âge des 3-4 ans, et je sais que dans cette section je pourrai apprendre plus de jeux, de chansons ou d’activités manuelles à faire avec eux. Puis, après mon bac, je passerai sûrement le concours d’ATSEM et chercherai prioritairement un travail dans une crèche.

Qu’as-tu envie de répondre à ceux qui disent que ce que tu veux faire c’est un métier de femmes ? Un petit message à faire passer ?

Qu’il y a bien des femmes conductrices d’engins ou dans la mécanique, alors pourquoi pas des hommes dans la petite enfance ? Il faut surtout faire ce qu’on a envie de faire et ne pas abandonner à cause des préjugés ! Il ne faut pas gâcher sa vie si c’est son choix.

 

Propos recueillis par Claire DUCHET