Projet « Femmes et discriminations vers et dans l’emploi » dans l’Yonne

Les différents ateliers programmés dans l’Yonne se sont déroulés tout le long du mois de septembre dans différents quartiers dits Politique de la Ville : à Auxerre aux centres sociaux Rive-Droite et Sainte-Geneviève, à Sens à la Maison de la Parentalité et à l’Espace Chaillots, à l’Espace Famille de Migennes, et enfin au Pôle social de Joigny.

Rive Droite Auxerre

Au centre social Rive-Droite d’Auxerre – Crédit photo : FETE

Cette action a pu être mise en place grâce au soutien du FSE, de la DRJSCS et de la DRDFE de Bourgogne. Elle consiste à informer les femmes sur leurs droits, animer des espaces de discussion et recueillir des témoignages sur des situations de discriminations vécues dans le cadre de leurs démarches d’insertion professionnelle (voir article précédent ICI).

Ce sont environ 35 femmes qui ont pu être informées dans le département, et une trentaine de témoignages ont été recueillis. L’ensemble des participantes s’est montré très intéressé par cette thématique, découvrant dans la plupart des cas que nombre de situations qu’elles avaient pu vivre étaient des délits. Un nouvel atelier a été programmé pour le vendredi 27 novembre de 9 h à 11 h à l’Espace famille de Migennes dans le cadre du programme Estime de soi.

10 critères de discrimination ont été évoqués lors de ces 6 ateliers, et celui le plus souvent abordé est l’origine, devant le sexe et la situation de famille, puis l’apparence physique et le handicap, et enfin l’état de santé, le patronyme, l’âge, la grossesse et le lieu d’habitation.
Nous vous en proposons quelques extraits :

Handicap : « J’ai un jour reçu un appel du directeur d’une école primaire pour un poste de femme de ménage, et après quelques échanges, sans m’avoir vue, il m’a répondu « vous n’êtes pas faite pour ce poste, je n’ai pas besoin de vous ».
« Les postes en vente et cuisine me sont systématiquement refusés parce que je suis reconnue Travailleur Handicapé. Dois-je du coup le spécifier aux employeurs ? »

Âge : « Lorsque j’envoie des CV, je reçois en général des réponses, mais c’est toujours négatif avec comme argument une fois « vous êtes trop âgée », une autre « vous êtes trop jeune »… Difficile dans ces conditions de se motiver à chercher du travail… »

Situation de famille : « J’étais assistante comptable dans un cabinet d’expertise. Quand je suis revenue de congé maternité, j’ai été convoquée dans le bureau de ma responsable qui m’a dit « Je ne suis pas là pour nourrir vos enfants. Quand on travaille il faut faire un choix, soit on fait des enfants soit on n’en fait pas ». Elle a essayé de me faire craquer, j’ai finalement été licenciée. Je suis allée aux Prud’hommes, la procédure a duré 4 ans mais j’ai gagné. »

Patronyme : « Lors de mes entretiens d’embauche, j’ai souvent des remarques sur mon nom de famille à consonance étrangère… J’ai essayé une fois de candidater à un poste en envoyant deux CV. Comme j’avais reçu une réponse négative en envoyant mon CV avec mon nom de jeune fille à consonance maghrébine, j’ai tenté le coup d’envoyer le même CV avec mon nom d’épouse, bien français. J’ai alors été contactée pour un entretien, c’était dans le domaine éducatif. J’y suis allée juste pour avoir le plaisir de leur dire que les deux candidatures c’était moi et que je ne souhaitais pas travailler pour une entreprise discriminante ».

Origine : « Je suis française, née en France de parents français, mais j’ai un nom à consonance étrangère et je suis un peu typée physiquement. La plupart du temps la première question que l’on me pose lorsque j’arrive à un entretien : est ce que vous parlez j bien le français ? ».

Apparence physique : « C’était l’époque où je cherchais un poste dans la vente. Lors d’un RDV avec ma conseillère Pôle Emploi :« Vous ne trouverez jamais d’emploi, vous avez vu comment vous êtes gaulée ? Et de toute façon vous êtes bien trop instable psychologiquement. Il faudrait vous faire soigner avant, je connais un très bon psy ».
Je venais de perdre mon père la veille… Très dur ! J’ai écrit au directeur de l’agence et ai demandé à changer de conseillère sans expliquer pourquoi, de peur d’avoir des ennuis…
En tous cas, j’ai compris que le physique compte énormément dans la vente par rapport aux clients ».

Lieu d’habitation : « J’ai travaillé, il y a quelques années, comme conseillère dans une structure d’accompagnement à l’emploi. Le directeur nous demandait de mettre de côté tous les CV des personnes habitant une certaine rue de notre ville, une rue qui a mauvaise réputation dans le quartier ZUP ».

Grossesse : « C’était mon tout premier emploi. Je viens d’être embauchée, c’est mon premier jour dans l’entreprise et le directeur m’invite le midi au restaurant. Au milieu du repas, il m’informe très sérieusement et sur un ton menaçant que si j’ai l’intention d’avoir des enfants, il faut que je me sorte complètement cette idée de la tête car il n’en est absolument pas question. Que « si je lui faisais ce coup dans le dos, il saurait me dégager »… Quelques années plus tard, récemment embauchée dans l’entreprise où je suis en poste actuellement, je demande à ma cheffe de service pourquoi c’est finalement moi qui ai été recrutée et non l’autre candidate qui semblait également bien correspondre au poste. Il m’a été répondu « Toi, tu as près de 40 ans et déjà 2 enfants, alors que l’autre a près de 30 ans, est en couple et n’a pas encore d’enfant. Je ne pouvais pas prendre le risque d’un prochain arrêt de maternité dans le service ! »

Ste Geneviève Auxerre

Au centre social Sainte-Geneviève d’Auxerre – Crédit photo : FETE

Espace famille Migennes

A l’Espace Famille de Migennes – Crédit photo : FETE