Portrait de Sabine Mongeot, chargée d’études naturalistes dans l’Yonne

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Crédit photo : FETE

Sabine Mongeot a accepté d’être photographiée pour l’exposition de FETE « Des métiers sous l’angle de la mixité », et nous l’avons interviewée pour parler de son métier de chargée d’études naturalistes / ornithologue.

 

Sabine, quelles études avez-vous suivies pour devenir ornithologue ?

Depuis que je suis petite j’aime la nature et ai toujours aimé être en extérieur. Au lycée j’ai suivi une filière scientifique puis une prépa vétérinaire. Comme j’ai raté le concours je me suis redirigée vers la fac où j’ai suivi un cursus en biologie, surtout intéressée par l’observation des animaux, avec une spécialité en écologie. C’est ainsi que j’ai obtenu un Master 2 en écologie gestion de la biodiversité.

Avez-vous ensuite facilement trouvé un emploi dans votre domaine ?

Le problème est que la fac n’apprend absolument pas à observer la nature, la formation restant très théorique, et à la sortie il est finalement assez difficile de trouver un emploi. Je me suis donc dirigée vers l’animation et ai travaillé pendant 8 mois au parc du Marquenterre en Baie de Somme comme guide naturaliste. J’ai trouvé ce premier emploi grâce à ma motivation et parce que j’avais soif d’apprendre comme de partager mes connaissances. Sinon il y a beaucoup de candidats pour peu de places.

Et c’est donc grâce à cette expérience que vous avez trouvé votre voie ?

C’est effectivement de là qu’est venue la passion. On vit avec les oiseaux jour et nuit, ce qui est très formateur : on apprend puis on restitue de suite pour transmettre notre passion aux enfants comme aux adultes.

Et qu’avez-vous fait ensuite ?

Après cette première expérience très enrichissante je suis revenue à Auxerre pour rechercher du travail. J’ai dû dans un premier temps accepter plusieurs petits boulots alimentaires, jusqu’à ce que je sois embauchée à la Ligue pour la Protection des Oiseaux où j’occupe depuis 6 ans le poste de chargée d’études naturalistes.

En quoi consiste le métier d’ornithologue ?

L’ornithologue est celui qui étudie les oiseaux, mais c’est plus une passion qui fait partie d’un métier. Il n’existe pas de formation d’ornithologue, n’importe qui peut devenir ornithologue à son niveau en apprenant sur le terrain. J’ai été embauchée pour être animatrice nature, notamment pour répondre aux demandes des scolaires et périscolaires mais aussi du grand public. Aujourd’hui mon métier a beaucoup évolué car j’ai développé le côté études et cette fonction de chargée d’études recouvre plein de facettes. J’effectue des études naturalistes sur tout le département de l’Yonne. Elles sont commandées par des privés ou des collectivités, notamment dans le cadre de Refuges LPO qui sont dédiés à la nature. Je fais des inventaires de terrain, afin de voir ce qu’il est possible de faire pour améliorer la biodiversité, et je donne aussi des conseils de gestion et d’aménagement. Sans oublier aussi bien entendu tout le côté administratif. J’ai enfin en charge l’animation de la vie associative, puisque notre association regroupe environ 400 adhérents que je suis amenée à former à l’ornithologie. Je crée beaucoup d’outils pédagogiques.

Quels sont les objectifs de la LPO ?

La LPO Yonne a été créée en 1995 mais fait suite à diverses associations naturalistes qui se sont succédées dans le département depuis le 19ème siècle. Nous sommes la plus ancienne association ornithologique de France ! Notre but est de protéger les oiseaux et le milieu dans lequel ils vivent, de mieux les connaître et de partager nos connaissances afin de sensibiliser le public au respect de la nature.

Quelles qualités sont requises pour exercer ce métier ?

De la patience et de la rigueur car on a des protocoles et si on veut obtenir des résultats fiables il faut les respecter. Il ne faut pas avoir peur de se lever très tôt le matin, et puis il faut surtout être passionné, aimer être dehors et observer les oiseaux.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre travail ?

C’est la partie terrain qui m’intéresse le plus, car j’aime être en extérieur et collecter des données qui seront utilisées pour donner des conseils. J’ai un sentiment de liberté et je m’organise comme je l’entends. Je suis très autonome dans mon poste et c’est très agréable. J’aime moins l’hiver car je suis beaucoup plus au bureau pour l’analyse de données et la rédaction de rapports.

S’agit-il d’une profession où les femmes sont minoritaires ?

Je dirais qu’il y a environ 70 à 80 % d’hommes, peut-être parce qu’il faut quand-même être assez endurant pour résister aux intempéries, et qu’il n’est pas toujours facile de concilier ce métier avec une vie de famille en se levant très tôt le matin et en étant souvent sollicité les soirs et week-ends. Et puis il ne faut pas avoir peur de la saleté, car on rentre rarement propre du travail lorsqu’on a marché toute la journée dans la boue… Ni peur d’être seule, car sur le terrain on est seul et on peut parfois ressentir un sentiment d’insécurité.

Avez-vous déjà été victime de discrimination en tant que femme ?

Personnellement non, mais j’ai déjà constaté que ce milieu est assez misogyne. Mon collègue masculin a déjà entendu des remarques d’hommes, mais pour ma part je n’y ai jamais prêté attention. Les gens que je rencontre sont surtout curieux et intéressés, voire envieux, car je n’exerce pas un métier commun.

Quel(s)conseil(s) donneriez-vous à des jeunes filles ou femmes qui s’intéressent à votre domaine ?

Il faut aller sur le terrain, apprendre avec les autres. C’est par le partage de connaissances qu’on devient naturaliste, et c’est ce qui fait naître les passions. Il faut être mobile, car il y a plein de possibilités à l’étranger ou en dehors de la Bourgogne, et puis il faut surtout persévérer.