Portrait 30 : Dans l’Yonne, à Auxerre, Nadine Bethery, directrice de concession automobile

1

Crédit photo : FETE

Nadine Bethery est intervenue à plusieurs reprises dans des établissements scolaires aux côté de FETE pour témoigner de l’importance de la mixité des métiers. Elle a accepté d’être photographiée pour notre exposition « Des métiers sous l’angle de la mixité » et nous l’avons interviewée pour parler de son métier de directrice de concession automobile.

Nadine, pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

J’ai commencé dans l’industrie il y a pas loin de 30 ans. Je suis une autodidacte. J’ai débuté dans des services administratifs, et puis tous les quatre ans j’ai évolué dans mes fonctions, jusqu’au jour où on m’a proposé un poste dans l’automobile. Dans ce secteur j’ai également débuté comme secrétaire, puis je me suis intéressée à tous les services, ce qui m’a permis petit à petit d’acquérir des connaissances. Je me suis perfectionnée, et puis les choses sont venues au fur et à mesure car j’ai toujours souhaité avancer, jusqu’à ce qu’on me propose un poste de directrice de concession. Comme quoi avec beaucoup de travail, d’acharnement et de curiosité, on peut accéder à ce genre de poste. Il y a 30 ans on m’aurait dit que j’allais devenir directrice d’une concession, j’aurais dit « vous êtes fous ! ».

En quoi consiste votre métier, que faites-vous aujourd’hui ?

Je dirige la structure Jeannin – Audi Autoprestige à Auxerre qui regroupe 25 salariés. Mon métier est de gérer une entreprise et manager des femmes et des hommes.

Est-ce que dès le départ vous étiez intéressée par le secteur de l’automobile ?

Non, ce sont les opportunités de la vie, les recherches de travail. Je pense que lorsqu’on intègre un poste, on essaye toujours d’être passionné par ce que l’on fait. Donc même si au départ cela ne nous paraît pas passionnant, c’est la personne qui créé son poste et non le contraire. Au fur et à mesure on grandit, les propositions arrivent, et puis un jour c’était dans l’automobile et je me suis dit pourquoi pas. Finalement, en étant dedans je me suis aperçue que c’était passionnant. J’étais avant chez Citroën, aujourd’hui chez Audi, mais ce sont toujours des véhicules et je m’y intéresse. Le dimanche matin je regarde les émissions automobiles, je lis les magazines spécialisés, et la passion vient au fur et à mesure. Parce que pour tous les métiers il faut savoir pourquoi on se lève le matin.

Ce n’est pas trop difficile de gérer une équipe principalement masculine ?

Si, ce n’est pas facile. Quand on prend un poste de direction il faut déjà se faire accepter par son équipe en montrant ce qu’on sait faire, ses compétences. C’est à moi d’aller vers eux, ce n’est pas à eux de venir vers moi. Il faut leur inculquer la culture de l’entreprise, que tout le monde marche dans le même sens. Ca prend du temps et les choses se font petit à petit. Avec la génération Y le management n’a plus rien à voir avec ce que j’ai connu il y a 20 ans, et gérer des personnes est peut-être devenu un peu plus compliqué. Pour ma part ça marche plutôt bien. Les collaborateurs c’est la racine de l’entreprise, quand on a compris ça les fondations il faut les tenir et il faut monter avec eux.

Savez-vous quelle est la proportion de femmes qui exercent ce métier en France ?

En tant que directrice de site chez Audi nous sommes cinq sur environ 300 concessions automobiles, et chez Citroën nous étions à peu près autant.

Et vous embauchez des femmes ?

Dans mon équipe il y a cinq femmes, dont une commerciale récemment promue qui connaissait le milieu, anciennement financeur manager, et une magasinière. Pour mes recrutements je privilégie la curiosité, la culture générale et les valeurs, qu’on soit un homme ou une femme. Je constate que ma collègue commerciale apporte vraiment un plus à l’équipe, car elle a la finesse pour détourner les difficultés et parvenir au résultat.

Avez-vous eu des difficultés à concilier vie de famille et vie professionnelle ?

Oui, ça c’est compliqué. Faire carrière demande beaucoup d’investissement, d’acharnement. Il faut beaucoup travailler, et certainement plus que les hommes car il faut toujours prouver. On passe beaucoup de temps à son travail et c’est forcément un sacrifice sur sa vie personnelle. C’est pour cela que j’ai plutôt commencé à évoluer professionnellement quand mes enfants sont entrés en études universitaires. Je me suis alors dit que le moment était venu de m’occuper de moi, de ma carrière, et c’est là que j’ai commencé à monter. Beaucoup de femmes commencent à construire leur carrière, et ensuite leur famille, moi j’ai plutôt fait le contraire. J’ai commencé autour de la quarantaine et j’ai travaillé des dimanches, souvent 60 heures par semaine. La reconnaissance professionnelle passe par là de toute façon, par l’investissement qu’on y met.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes filles attirées par l’univers automobile et par ce métier ?

Quelque soit l’univers, il faut montrer de l’engagement, de l’envie. Les chef.fe.s d’entreprise sont très à l’affût de cela et sont là pour aider ceux qui ont envie. Notre rôle est de faire monter en compétences nos collaborateurs. Mis à part dans le domaine de la mécanique où on est dans la technologie, dans nos métiers si je rencontre quelqu’un non diplômé mais qui a  l’envie, qui va me le montrer, j’aurai envie de l’aider. Ce qu’il faut retenir c’est qu’il faut être curieux, s’intéresser à ce qu’on fait, savoir pourquoi on se lève le matin et y mettre de l’enthousiasme. Et quand on a compris cela, ça donne l’envie. C’est plus compliqué pour ceux qui n’ont pas cette envie…