Portrait 28 : Dans l’Yonne, à Auxerre, Sylvain Dimay, enseignant en école maternelle

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Crédit photo : FETE

Sylvain Dimay a accepté d’être photographié pour l’exposition de FETE « Des métiers sous l’angle de la mixité », et nous l’avons interviewé pour parler de son métier d’enseignant en école maternelle. Une profession qui se féminise de plus en plus…

Sylvain, pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

Après avoir passé un bac C (S aujourd’hui) puis une Licence en Sciences-Economiques, j’ai passé le concours pour entrer à l’IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maitres) et suivre deux années de formation à Auxerre. En fait peu importe le Bac ou la Licence passée pour faire ce métier. Quand j’ai été titularisé, j’ai effectué plusieurs années de remplacement, en commençant par des postes en écoles maternelles à Tonnerre. Puis j’ai voulu devenir maître formateur, alors pour changer un peu je suis passé en école élémentaire afin d’enseigner en CP. J’ai fait aussi un peu de cycle 3, CE2, CM1 et CM2 toujours à Tonnerre. Puis depuis 8 ans j’enseigne en petite section à l’école maternelle d’application Henri Matisse à Auxerre, école dont je suis devenu directeur depuis. Je suis également maître formateur.

Aujourd’hui ça a un peu changé à l’Education Nationale, quel parcours faut-il suivre pour devenir maître des écoles ?

Aujourd’hui il faut toujours une Licence pour intégrer l’ESPE (Ecole Supérieure du Professorat et de l’Education) qui a remplacé l’IUFM. Il est possible d’y passer un Master MEEF (Métiers de l’Enseignement, de l’Education et de la Formation). En Master 2 on est à mi-temps en formation et à mi-temps en classe. Une fois le Master validé et qu’on est titularisé au niveau de l’Education Nationale, l’année suivante on peut être titulaire de son poste si tout s’est bien passé. Au début ce sont surtout des postes provisoires, de remplacement, souvent morcelés.

Et pour devenir maître formateur ?

Il faut passer le CAFIPEMF (Certificat d’Aptitude aux Fonctions d’Instituteur ou de Professeur des Ecoles Maître Formateur) qui vient d’être réformé. Il est possible de le passer au bout de cinq ans d’expérience. La première année, il faut passer un entretien au Rectorat devant un jury composé de cinq personnes, lors duquel on explique surtout sa carrière et on expose ses motivations. Et la deuxième année il faut réaliser un mémoire et une critique de séance d’un.e stagiaire.

Alors quel est votre quotidien à l’école maternelle ?

Ma priorité c’est l’accueil des enfants, afin qu’ils aient une première scolarisation réussie. Cela nécessite bien entendu que les parents soient aussi accueillis de façon correcte. Vient ensuite la réussite scolaire.

En tant que directeur j’ai pas mal de choses à gérer qui n’ont pas grand-chose à voir avec la pédagogie (la sécurité par exemple). J’ai aussi une part de relations avec la mairie en ce qui concerne la garderie, la restauration scolaire, le périscolaire… Et j’ai enfin un rôle de médiateur entre l’Inspection Académique et l’équipe. J’organise tous les projets pédagogiques. Dans le poste de direction j’ai découvert la coordination d’équipe et c’est très intéressant de piloter divers projets, notamment parce qu’on a un peu d’autonomie et un certain pouvoir, mais ce que je préfère avant tout c’est le métier d’enseignant. J’ai une préférence pour les petits en maternelle et les CP en élémentaire, car c’est avec eux le début des apprentissages, et c’est comme dans ma maison, j’aime bien installer les fondations. Ce sont des enfants que l’on fait devenir élèves.

En tant que maître formateur et directeur, j’ai le droit à deux journées de décharge qui me laissent un peu de temps pour prendre du recul par rapport à ma classe.

Pourquoi avoir choisi cette voie ?

Depuis que je suis enfant j’ai toujours voulu être enseignant. Quand j’étais collégien je voulais être prof en collège, puis quand j’étais lycéen prof en lycée… Pourtant personne dans ma famille n’était dans l’enseignement, mais j’aime le contact avec les enfants, transmettre des connaissances.

Peut-être était-ce une façon de me protéger, car on est moins agressé par des enfants que dans le monde des adultes. Quand j’étais jeune enseignant, je me disais surtout pas la maternelle. J’avais en fait des a priori, ne sachant pas trop quoi faire des tout petits et si avec eux on pouvait faire un réel travail d’enseignement. Puis ça s’est fait progressivement. Très rapidement, dès le début de mes remplacements en maternelle, je me suis aperçu de la réalité de ce métier avec les plus petits qui connait aussi une part importante d’enseignement.

Quelles qualités faut-il avoir pour enseigner auprès des petits ?

De la patience, de l’écoute, mais aussi savoir ressentir les choses car il faut s’adapter de plus en plus aux enfants qui n’ont pas toujours une vie facile. Je vois l’évolution au fil des années, ils sont de plus en plus fatigués, et on sent le stress de la société dans leur agitation. Ils arrivent le matin chargés de tout ça.

Qu’est-ce qui à votre avis est le plus difficile dans votre travail ?

Je dirais gérer les adultes qui tournent autour de l’école : les parents, les collègues, la hiérarchie… Nous avons de plus en plus de pression de réussite.

Et vous envisagez d’exercer ce métier toute votre vie ?

Franchement non, je ne pense pas, car ça devient de plus en plus compliqué. En tant que formateur je me rends compte que les collègues sont de plus en plus déprimés. C’est le problème du système dans son ensemble. Mais que faire d’autre ? J’en suis à peu près à la moitié de ma carrière, on verra dans l’avenir… Moi ce qui me plaît, je le redis, c’est enseigner aux enfants.

Comment peut-on expliquer qu’il y a encore très peu d’hommes dans l’enseignement, et particulièrement à l’école élémentaire et surtout maternelle ?

Ca c’est vrai que le métier d’enseignant attire massivement les femmes ! En tant que maître formateur, je suis amené à rencontrer les futurs enseignants en formation. Cette année, sur 100 étudiants en Master 2, il n’y a que 5 garçons. A mon époque, sur 130 étudiants, nous étions 20 garçons. Sur les 5 garçons en formation, tous ont demandé à réaliser leur stage dans mon école pour voir comment un homme travaille en maternelle. Ces jeunes hommes ont 23-24 ans et sont rarement déjà pères. Ils ne savent pas comment faire avec des jeunes enfants.

L’an dernier j’ai coordonné deux stages, un pour le milieu des tout petits, et il n’y avait que des femmes parmi les stagiaires, et l’autre pour les futurs directeurs, et là il n’y avait que des hommes. Dès qu’il y a un peu de responsabilité, on voit surtout des hommes qui, je pense, cherchent plus les postes à responsabilité.

Qu’est-ce que peut apporter un homme à ce métier ?

J’ai travaillé dans une ZEP rurale de Tonnerre où il y a pas mal de problèmes sociaux, et la présence d’un homme était très importante car beaucoup d’enfants ne sont élevés que par leur maman, et cela leur permet aussi d’avoir un référent masculin.

Moi je n’ai pas l’impression dans mon quotidien d’être différent de mes collègues femmes. Dans l’esprit des gens, un homme va certainement avoir plus d’autorité, alors que ce n’est pas forcément vrai. Peut-être que j’accorde juste un peu plus d’attention aux pères afin qu’ils se sentent vraiment concernés dans l’éducation de leur enfant. Maintenant est-ce que pour autant les papas viennent plus à l’école parce que je suis un homme ?

Par contre, quand ils ne nous connaissent pas encore, au départ je ressens que les parents sont un peu plus réticents face à un homme qui va s’occuper de leur enfant. Jusqu’à ce que la confiance s’installe, ils ne me trouvent pas toujours légitime en maternelle avec des jeunes enfants. Enfin, je fais bien attention à ne jamais me retrouver seul avec un enfant, en particulier dans le dortoir ou les toilettes, il faut vraiment être vigilent à ce niveau-là.

Pour terminer, quels constats faites-vous en classe concernant l’égalité filles/garçons ?

J’ai toujours prêté attention aux jeux que pratiquent les filles et les garçons et été attentif au harcèlement, à ce qui se passe dans la cour. Au quotidien je ne constate pas trop de stéréotypes chez les tout petits, mais j’ai l’impression que ça s’amplifie au fur et à mesure, peut-être un peu plus à partir de la moyenne section. Il m’arrive d’entendre des petites phrases comme « le feutre rose c’est pour les filles » ou « tu as des chaussures de garçons »… Depuis deux-trois ans nous avons des circulaires nous demandant d’arrêter d’ancrer certains stéréotypes, alors on y travaille avec mes collègues, mais c’est loin d’être évident, c’est une attention au quotidien !