Portrait 27 : Dans l’Yonne, à Perrigny, Geoffrey Dewam, aide médico-psychologique

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Crédit photo : FETE

Geoffrey Dewam a accepté d’être photographié pour l’exposition de FETE « Des métiers sous l’angle de la mixité », et nous l’avons interviewé pour parler de son métier d’Aide Médico-Psychologique (AMP) en maison de retraite. Parce que la mixité va dans les deux sens et pour revaloriser les métiers très féminisés, il est important que les hommes les investissent un peu plus…

Comment en êtes-vous arrivé au métier d’aide-soignant ?

A la fin du collège j’ai dû opter pour une orientation professionnelle et j’ai alors choisi en premier lieu la restauration. Il faut dire qu’au collège, en 4ème/3ème, on nous met tout de suite une étiquette selon qu’on soit une fille ou un garçon. Du coup, au départ je voulais être cuisinier, puis j’ai bifurqué en tant que serveur. J’ai exercé pendant 9 ans dans ce métier, principalement à Auxerre, mais au bout d’un moment j’en ai eu marre de cette vie et ai eu envie de me poser et avoir une vie de famille. J’ai alors réalisé un bilan de compétences et il en est ressorti que j’étais bon pour travailler dans le secteur du service. J’ai ainsi essayé la coiffure, puis par hasard je suis arrivé à la maison de retraite où j’ai tout de suite accroché.

Et depuis ?

J’ai fait mon tout premier stage en Unité Alzheimer à la maison de retraite « Mémoires de Bourgogne » de Perrigny. Je me suis retrouvé dans cet univers que j’ai pris à cœur. J’ai ensuite fait des remplacements dans différentes maisons de retraite, et au bout de deux ans celle de Perrigny m’a recontacté pour un poste avec une formation à la clé. J’ai ainsi été formé pendant un an et demi sur le poste d’AMP (Aide Médico-Psychologique). J’y travaille aujourd’hui depuis trois ans. Depuis quelque temps j’ai choisi de travailler de nuit pour gagner en maturité professionnelle et savoir me débrouiller seul dans certaines situations. C’est très formateur. Nous avons la chance de bénéficier de nombreuses formations, notamment pour nous préparer à la fin de vie et à gérer les liens qu’on pourrait créer avec les résidents, trouver les bons mots. Il est important d’adopter un vocabulaire professionnel pour ne pas dégrader les personnes.

Quel est votre travail au quotidien ?

Actuellement travaillant de nuit, j’ai surtout en charge les soins, les changes et quelques toilettes. Je discute avec les insomniaques, je leur lis des livres, je les occupe par exemple en partageant une tisane. Sinon en journée je mène des activités adaptées au niveau de dépendance des résidents. Ca va du tricot à la peinture, la mosaïque. Nous proposons des activités en fonction des saisons, et puis à l’occasion de Noël, Pâques… Nous avons aussi un jardin thérapeutique pour les personnes qui peuvent se déplacer toutes seules. Une ergothérapeute vient nous aider à créer des activités. J’ai vraiment l’impression de travailler ici dans de très bonnes conditions. On a des encadrants sur qui on peut vraiment bien compter.  Je sais qu’un jour je reprendrai le travail de jour, car je cherche surtout le contact avec les résidents, être dans l’activité avec eux. Il y a aussi un travail important à mener avec les familles.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre travail ?

Le contact, le lien qu’on crée dans la vie de tous les jours, et la possibilité de travailler avec des personnes sur du long terme. Rentrer chez soi et se dire que notre action quotidienne nous donne du baume au cœur, ressentir une vague d’émotion prononcée. Et puis aussi le partage, car on apprend beaucoup sur le mode de vie d’avant lors des échanges avec les résidents. Beaucoup de confidences se font.

Et ce qui vous plaît le moins, ce qui est le plus difficile ?

Voir les résidents tomber en chute libre malgré tout le travail mené avec eux. Il faut accepter cette dégringolade et les voir partir. On est là du début à la fin et il faut l’accepter. Sinon, nous sommes une équipe jeune qui avons en majorité entre 18 et 30 ans, et les résidents nous prennent souvent pour leurs petits-enfants, alors il est important de mettre des barrières.

Quelles qualités faut-il avoir pour exercer ce métier ?

Il faut de la patience, être humain et respectueux. Ne pas être dans le jugement, car c’est très facile de l’être au début. Il faut avoir l’œil tous les jours pour trouver les solutions aux problèmes, et puis il faut savoir apprendre les « déceptions ».

Pourquoi à votre avis si peu d’hommes exercent ce métier ?

J’ai toujours été le seul garçon. Lors de mes expériences, j’ai plus croisé des hommes infirmiers qu’aides-soignants. Le milieu de la gériatrie reçoit peut-être moins de candidatures masculines à mon avis qu’en psychiatrie par exemple. Parce qu’il s’agit d’un métier qu’on a étiqueté féminin. Et pourtant qu’on soit homme ou femme tout le monde devrait avoir la porte ouverte à tous les métiers. Et puis les hommes sont sûrement un poil macho, par rapport à leur égo, c’est peut-être dégradant, pas assez physique pour eux… J’encourage vraiment les hommes à aller aussi vers cette voie ! On m’a quand-même dit que j’avais trouvé dans ce métier ma part de féminité !

Quelles ont été les réactions de vos proches lorsqu’ils ont appris votre réorientation professionnelle ?

Mes grands-parents ont été très étonnés mais sont très contents. Ca a été un peu plus difficile avec mon père et mes frères. Mes frères qui sont tuyauteurs-soudeurs me disaient : « Tu laves les vieux ? ». Et puis un jour mon père est venu me voir sur mon lieu de travail, m’a observé de loin, et ça l’a rassuré. Il le prend différemment à présent. Il se dit que je suis courageux, par exemple d’affronter la nudité des gens ou la fin de vie.

Comment êtes-vous en général accueilli en tant qu’homme ?

J’ai toujours été bien accueilli, on me disait « enfin un homme dans l’équipe d’aides-soignants ! ». Un homme jeune, on se disait toujours que ma présence allait pouvoir soulager les filles. Du côté des familles des résidents, beaucoup sont étonnées et se questionnent un peu par rapport à l’intimité des personnes, mais je pense qu’ils apprécient surtout le changement.

Des différences avec vos collègues féminines ?

Je fais exactement le même travail qu’elles. Par contre, il peut y avoir des différences quand on rencontre des cas lourds ou au niveau de la force physique. Mes collègues féminines peuvent parfois rencontrer quelques difficultés, par exemple avec des messieurs un peu trop entreprenants, et le fait que je sois là ça limite, et je peux prendre le relais. Par contre, il est arrivé quelques fois que des résidentes ne veuillent pas que je m’occupe de leur toilette. Dans ce cas je vois avec la neuropsychologue pour expliquer le problème et on essaye de creuser et inciter ces personnes à s’adapter. Sinon, au niveau de l’approche, les hommes sont peut-être un poil plus doux que les femmes, notamment par rapport au toucher, le corps féminin étant inconnu pour nous. Nous l’approchons donc je pense avec un peu plus de prudence.  J’ai l’impression enfin que les résidents se sentent un peu plus en confiance et en sécurité avec un homme.

Comment envisagez-vous votre avenir professionnel ?

Je sais que je partirai un jour de la gériatrie, pourquoi pas pour exercer à l’hôpital en psychiatrie ou pédiatrie, mais pour mieux y retourner en fin de carrière je pense, car c’est un domaine beaucoup moins physique. C’est un milieu où il faut aller doucement, s’adapter aux résidents, ce qui me change d’ailleurs énormément de la restauration !

Un petit message pour terminer ?

Comme disent les résidents : « profitez, la vie est trop courte ! ».

Il est très facile de rentrer dans ce métier, mais il ne faut pas le faire juste pour gagner son salaire. J’ai choisi ce métier mais il m’a choisi aussi. Un métier qui me colle à la peau…