Portrait 24 : Dans l’Yonne, à Auxerre, Matthieu Heime, infirmier puériculteur

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Crédit photo : FETE

Parce que la mixité ça va dans les deux sens et que des métiers encore très féminisés devraient plus s’ouvrir aux hommes, Matthieu Heime a accepté d’être photographié pour l’exposition de FETE « Des métiers sous l’angle de la mixité », et nous l’avons interviewé pour parler de son métier d’infirmier puériculteur.

Matthieu, pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste votre métier ?

Un puériculteur ou une puéricultrice c’est un infirmier spécialisé en puériculture qui s’occupe des enfants de la naissance à l’âge de 16 ans environ.

A la maternité je m’occupe des nouveaux-nés de la salle d’accouchement jusqu’à la sortie. Je pratique des soins infirmiers : perfusions, prises de sang, surveillance, problèmes relationnels mère/enfant, des médicaments, de l’administratif, et j’ai aussi une partie éducation sur les soins de nursing.

Comment vous est venue l’idée d’exercer le métier d’infirmier puériculteur pourtant très féminin ?

Ma mère est auxiliaire de puériculture, mais ce n’est pas elle qui m’a encouragé dans cette voie. En fait, je me suis toujours senti très à l’aise avec les enfants et notamment les tout petits. Je me suis beaucoup occupé de mes petits cousins et cousines lorsque j’étais jeune.

Quel a été votre parcours de formation puis professionnel ?

Bizarrement j’ai passé un Bac STI (aujourd’hui STI2D Sciences et Technologies Industrielles et du Développement Durable) au lycée Fourier d’Auxerre, peut-être pour donner l’impression à mon entourage que je m’intéressais à la technique… Puis j’ai finalement bifurqué vers un Bac SMS (aujourd’hui ST2S Sciences et Technologies de la Santé et du social) où nous n’étions que trois garçons mais qui me correspondait mieux. Lorsque j’ai demandé une réorientation, le CIO n’y croyait pas, pensant qu’il serait trop difficile de passer de l’un à l’autre, mais le professeur du lycée m’a bien motivé. J’ai ensuite intégré l’école « d’infirmière » pendant 3 ans ½ où j’ai opté pour la spécialisation puériculture qui était mon choix de départ. Depuis dix ans je travaille à la maternité de l’hôpital d’Auxerre.

Ne vous sentez-vous pas trop seul en tant qu’homme à la maternité ?

En fait j’ai un autre collègue homme dans mon service qui est lui sage-femme. Il faut savoir qu’il y a en France encore moins de puériculteurs que d’hommes sage-femmes. Ceci s’explique par le fait qu’après les études en soins infirmiers les hommes s’orientent plus vers d’autres spécialités comme l’anesthésie-réanimation ou le bloc opératoire. Sur 1500 puériculteurs en France, nous ne sommes que 152 hommes. Ce n’est donc un métier pas mixte du tout. On dit qu’il se forme à peu près un homme infirmier-puériculteur tous les cinq ans par école régionale…

Je dois reconnaître qu’il n’est pas tous les jours évident d’évoluer dans un métier aussi féminisé. L’ambiance entre filles n’est pas toujours très tendre…

Avez-vous été bien accueilli en tant qu’homme ?

Au début l’hôpital n’avait pas de badge adapté pour moi et je portais donc une blouse me avec un badge « infirmière puéricultrice »… J’ai demandé assez vite à réétiqueter les tenues.

Aucun problème sinon du côté de mes collègues, si ce n’est que je suis en général très apprécié et souvent bien identifié par les patientes, ce qui peut générer quelques petites jalousies de la part de mes collègues féminines… Quant aux patientes, je dois reconnaître qu’il y a beaucoup d’étonnement lorsqu’elles voient entrer un homme dans leur chambre. Mais pendant toute ma carrière je n’ai connu que trois refus de femmes voyant d’un mauvais œil que je m’occupe d’elles. Deux femmes en raison de leur confession religieuse, et une autre très pudique.

Avez-vous une approche différente du métier que celle de vos collègues femmes ?

Oui je pense, car n’ayant pas un corps de femme, je prends beaucoup plus de précautions de peur de leur faire mal.

Le fait qu’un homme ne porte pas d’enfant et ne l’allaite pas, c’est à la fois un frein mais aussi un avantage ; on ne se projette pas avec des sentiments de femme. Et puis je prends peut-être un peu plus en compte le père.

Avec les enfants et adolescents, j’ai toujours en tête de ne pas les mettre mal à l’aise, et je m’arrange toujours pour ne pas rester seul avec un enfant, afin d’éviter toute ambiguïté.

Avec mes collègues hommes nous sommes peu nombreux ce qui nous soude, nous sommes vraiment très proches. J’ai l’impression que nous avons la même façon de penser. Nos autres collègues n’ont pas forcément les mêmes attentes et ont l’habitude de penser entre filles.

Des remarques parfois des gens que vous êtes amené à rencontrer lorsque vous leur dites votre métier ?

Souvent on me demande si le fait que je sois un homme ne gène pas mon travail et si les femmes acceptent ma présence. Parfois les jeunes pensent qu’il doit être plus facile d’accéder à la nudité des personnes. Si c’était le cas j’aurais choisi un autre métier car les femmes hospitalisées après un accouchement perdent complètement leur coté glamour.

Constatez-vous une évolution dans votre métier ?

J’ai l’impression que les mentalités évoluent, que la société est en train de bouger, même si les inégalités femmes-hommes ne vont pas se régler tout de suite. En dix ans j’ai constaté une évolution à l’hôpital, notamment en ce qui concerne l’investissement des papas. Ils sont de plus en plus présents aux visites de la maternité, ainsi que pour les soins du bébé. Par contre, au niveau de l’habillage, on n’en sort pas des bébés filles qu’on habille avec des tutus, des paillettes, tout en rose, bref en princesses…

Quelles qualités est-il préférable d’avoir pour exercer votre métier ?

Il faut beaucoup de patience et être en forme car on travaille de jour comme de nuit et on fait beaucoup d’allers-retours dans les couloirs. Et puis il faut aussi être précis, ordonné, jovial, avoir de la pédagogie et de l’empathie.

Comment voyez-vous votre avenir professionnel ?

Marié à une éducatrice spécialisée et père de deux enfants en bas âge, j’ai aujourd’hui fait le choix de travailler à 80 %. Mais je me vois bien plus tard diriger un service ou dans la formation, directeur de crèche, ou tout simplement dans un autre service.

Sinon j’ai plusieurs projets comme organiser des réunions de papas, ou accompagner les femmes qui accouchent seules.

Pourquoi avoir choisi de nous apporter votre témoignage ?

Les hommes qui s’occupent d’enfants, c’est rare mais ça existe. Pour les garçons qui envisagent d’exercer ce métier, il ne faut pas rester bloqué sur des a priori, se fermer des portes.

Si c’était à refaire je choisirais le même parcours professionnel car j’adore mon métier !