Portrait 25 : Dans l’Yonne, à Auxerre, Beata Zold, maître d’armes d’escrime

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Crédit photo : FETE

Beata Zold est intervenante au Carrefour des Carrières au Féminin de l’Yonne et a accepté d’être photographiée pour l’exposition de FETE « Des métiers sous l’angle de la mixité ». Nous l’avons interviewée pour parler de son métier de maître d’armes d’escrime.

Betty, qu’est-ce qui vous a amenée à faire de l’escrime votre métier ?

Je suis originaire de Roumanie, et alors que j’étais en CM2, un maître d’armes est venu dans ma classe et a proposé d’essayer l’escrime. A l’époque il fallait passer des tests, avant de démarrer ce sport il fallait pouvoir vérifier qu’on était doué. J’ai pratiqué ce sport pendant dix ans, puis je suis devenue maître d’armes à 18 ans.

Comment devient-on maître d’armes ?

Dans les années 80-90, il fallait intégrer une école de maîtres d’armes après le bac qui durait deux ans, mais aujourd’hui je ne sais plus du tout comment ça se passe là-bas. Moi je me suis spécialisée en fleuret. A noter que le choix de l’arme (entre le fleuret, l’épée et le sabre) se fait en fonction de la personnalité et des aptitudes.

Aujourd’hui en France il est possible de passer initiateur à partir de 16 ans, puis éducateur à 18 ans, mais ça change souvent… Dans tous les cas il est nécessaire de se spécialiser. Par exemple, si on choisit de passer un BPJEPS (Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l’Education Populaire et du Sport), diplôme de niveau IV créé en 2001 qui atteste de la possession des compétences requises pour exercer le métier d’animateur, il faut absolument choisir la spécialité escrime.

Sinon beaucoup de maîtres d’armes sont passés par la filière universitaire STAPS (Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives).

Quoi qu’il en soit, pour faire ce métier il faut déjà être passé dans la salle et il faut des diplômes spécialisés, car on a un langage très codé.

Pouvez-vous nous expliquer votre parcours en tant que maître d’armes ?

En Roumanie je faisais partie d’un très bon club, certainement le meilleur ! Nous formions des groupes pour gagner des compétitions et devenir des champions. On a quand-même élevé des champions du monde et des champions olympiques. Et puis en 2002 j’ai quitté la Roumanie pour la France. En 1998 j’avais poussé une copine à partir pour la France dans le cadre d’un emploi jeune. En 2000 les Français de sont club sont venus faire un stage en Roumanie et en 2002 ce sont les Roumains qui sont venus en France. Et puis moi j’ai eu l’opportunité de rester avec les fleurettistes de Rodez. Sur internet j’ai vu que le club de Monéteau dans l’Yonne recherchait un maître d’armes depuis plus de deux mois et j’ai donc postulé, même s’ils sont spécialisés en sabre et que moi je ne connaissais pas bien cette arme à l’époque. J’ai ainsi été embauchée le 1er décembre 2002 par le Comité Départemental avec un salaire assuré en majeure partie par le Conseil Départemental. J’ai un poste d’ATD (Animateur Technique Départemental) et suis maître d’armes pour les trois clubs du département Auxerre, Monéteau et Sens.

Je suis contente car j’ai formé trois jeunes qui sont partis au pôle espoir à Orléans et une à l’INSEP (Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance) où s’entraînent toutes les équipes de France.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre travail ?

C’est très varié entre l’escrime de loisirs, de compétition, l’escrime santé et le fitness escrime. J’ai diversifié au fil du temps tout ce qui est faisable par l’escrime. Par exemple la création récente d’un groupe de sabre laser qui rencontre un grand succès grâce à l’effet Star Wars, et du groupe de filles de Cadet Roussel en rééducation après une opération du cancer du sein. En effet, des médecins de Toulouse se sont rendus compte que l’escrime peut faire du bien pour la rééducation du bras après une opération du cancer du sein. J’ai été formée pour cela et le club bénéficie d’une super collaboration avec la Ligue contre le cancer. J’interviens aussi au collège privé Saint-Joseph d’Auxerre qui, depuis quelques années, propose quelques places pour l’escrime dans sa section Etude et Sport. Du coup j’entraîne un public très large d’enfants et adultes de tous âges.

Sinon je ressens beaucoup de satisfaction de voir des jeunes accéder à des podiums grâce à leur travail.

Je me dis souvent que leur sourire sur un podium, c’est un sourire tout fier du travail bien fait.

Enfin, j’aime ne pas avoir d’horaires fixes.

Et quels en sont les inconvénients ?

On travaille à l’envers de tout le monde et on a peu de week-ends. Par ailleurs, on ne fait pas ce métier pour l’argent.

On vous sent passionnée par votre sport, pourquoi l’escrime et pas un autre ? Pouvez-vous un peu nous parler de ce sport assez peu connu finalement ?

Déjà parce que c’est un sport individuel, et même s’il existe des compétitions par équipe, il n’y a pas d’interactions entre les coéquipiers. Et puis surtout parce qu’au fur et à mesure j’ai découvert que l’escrime était certainement l’un des sports les plus complets.

Il faut être à la fois rapide, très coordonné, endurant, avoir un bon mental et une technique hors pair qui se travaille sur la durée. Plus on pratique l’escrime et plus on prend la mesure de tout ce qui reste à découvrir.

C’est un sport très varié qui nécessite la prise en compte de l’adversaire, mais aussi de l’arbitre, en plus de ses propres qualités.

Enfin il véhicule des valeurs qu’on ne trouve plus beaucoup ailleurs : le sentiment du travail bien fait, se battre et ne jamais baisser les bras, être capable de se relever, prendre le défi quelque soit son adversaire, être capable de prendre des décisions très rapidement… C’est un sport très technique qui nécessite donc une certaine rigueur. Bref, autant de compétences à acquérir et transposables dans la vie de tous les jours.

Il y a peu de femmes maîtres d’armes ?

Peut-être un peu plus de femmes au fleuret, ce qui s’explique par le fait que c’est la seule arme qui a toujours pu être pratiquée par les femmes. Par exemple quand j’ai commencé l’escrime, il n’était pas possible pour moi de faire du sabre et de l’épée. Aujourd’hui on retrouve des femmes dans les trois armes, mais effectivement très peu. Un peu plus qu’avant en tout cas.

C’est amusant car beaucoup de réunions où je me rends commencent par « Madame et Messieurs… ». En fait c’est un monde de mecs ! Parmi les filles qui se mettent à l’escrime, elles sont très minoritaires mais ça dépend des années. Les premières à me ramener des médailles ont en tout cas été des filles. J’en ai une qui est championne de France de sa catégorie depuis samedi.

Avez-vous des pratiques différentes de vos collègues maîtres d’armes ?

Oui, j’ai un plus ! Parce que je suis une femme j’essaye de m’intéresser à la vie de mes élèves en dehors de la salle. Je constate que les hommes ont moins la patience d’écouter. J’ai l’impression d’avoir une approche plus féminine de la personne, je les materne plus.

Sinon, les femmes du groupe de cancer du sein disent qu’elles ne seraient sûrement pas venues si j’avais été un homme. Je n’ai par contre jamais entendu de commentaires inverses.

Betty escrime 3

Crédit photo : FETE