Portrait 16 :  Dans la Nièvre, à La Celle-sur-Loire, Nadège DEMBSKY Bijoutière-Joaillière

Dans le cadre de la Semaine de la Mixité des Formations et des Métiers dans la Nièvre, FETE est allée à la rencontre de professionnelles qui exercent des métiers encore peu féminisés.

Nadège DEMSKY Bijoutière Joaillière
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Nadège, quel est votre parcours de formation ?

J’ai fait une formation en CFA sur Saumur, où j’ai passé mon CAP en bijouterie en deux ans ; j’ai fait une 3ème année en CAP en joaillerie et j’ai obtenu  une mention complémentaire en gemmologie.

Quelle est la différence entre bijouterie et joaillerie ?

Elle est importante. Souvent on fait l’amalgame, vous pouvez être bijoutier tout seul, mais vous ne pouvez pas être joaillier tout seul, parce que la bijouterie c’est la mise en valeur du métal ;  la joaillerie, c’est la mise en valeur des pierres.

Comment en êtes vous arrivée à ce métier ?

J’aimais beaucoup le dessin et j’avais un instituteur qui était très curieux ;  il m’a emmenée voir un bijoutier travailler et là j’ai su quel métier j’allais faire.

Et là ça a été le coup de cœur ?

Ah oui, j’ai trouvé ça magnifique ce qu’il faisait, et j’en ai gardé un excellent souvenir !

Qu’est-ce que vous faites au quotidien ?

Au quotidien, je fais les réparations de bijoux (soudure de chaine, mise à taille d’alliance..) sur or ou argent. Je fais également, quand le client m’amène de l’or, des créations, ça peut être un collier, un bracelet, une bague.

Donc vous travaillez l’or, l’argent, le métal mais pas les pierres ?

Oui, c’est ça sauf les pierres que je reçois toutes prêtes, taillées comme je  souhaite.  Ensuite, je vais les sertir

Vous transformez des bijoux aussi…

Oui,  le client peut venir avec des bijoux dont il ne veut plus : je peux créer un bijou, un bijou unique que j’aurai dessiné selon les goûts et les attentes du/ de la client(e).  Je fais des propositions sur dessins, une dizaine de dessins, des croquis, que la personne visionne pour choisir 2-3 modèles.  Si la personne ne se rend pas bien compte, je peux lui faire une cire, elle va pouvoir l’essayer, la mettre à son doigt, se rendre compte vraiment du volume de la pièce… .

Vous préférez travailler quelle matière ?

L’or jaune. Je trouve que le jaune est lumineux, beau, gai, il est facile à travailler, plus facile que l’argent et l’or gris.

C’est un métier qu’on peut qualifier de technique ? 

Oui, c’est un métier artisanal et c’est technique parce qu’il y a différents matériaux, différents outils..

Et la force physique, en faut-il ?

Non pas vraiment. 70 % du temps je suis assise donc ce n’est vraiment pas physique. La partie la plus difficile est celle où il faut travailler avec la filière pour tirer du fil mais il y a de l’outillage approprié et ça facilite les choses

Quelles sont les qualités ou prédispositions qu’il faut avoir pour exercer ce métier ?

La persévérance. On ne réussit pas et bien on recommence. On continue, on ne baisse pas les bras.

Vous  recevez des jeunes en stage ?

Oui, ils sont très souvent dans les écoles en bijouterie : si c’est un lycée technique, ils ont l’obligation de valider des stages en entreprise pour leur diplôme. Donc durant leur formation, ils cherchent des maitres de stages et j’en prends régulièrement.

Et donc des jeunes filles, de plus en plus de jeunes filles ?

Une majorité de jeunes filles. Certaines ont passé le bac et puis elles reviennent vers des métiers « manuels », ce qui fait qu’elles passent leur examen en un an. Elles ne vont avoir que de l’enseignement technique et de ce fait elles ont six semaines de stage en entreprise.

Vous diriez maintenant qu’on a atteint la mixité dans ce métier ?

Oui, il y a même une majorité de jeunes filles. Mais c’était l’inverse il y a plus de 70 ans.

C’est lié au fait que ce soit un métier prestigieux ?

A l’époque, Il y avait moins de femmes qui travaillaient. Dans ce métier-là, il y avait vraiment une grosse majorité d’hommes voire intégralement des hommes. Mais dès que les femmes se sont mises à travailler, elles sont venues dans les métiers de la bijouterie, aussi bien dans les métiers de la vente qu’au niveau de la fabrication parce qu’elles ont un sens artistique autant développé que l’homme.

Votre métier vous passionne, pourquoi ?

Je possède pendant quelques temps des bijoux que je ne pourrais pas acheter. C’est magnifique de toucher, de transformer le métal, c’est vraiment un beau métier et puis on peut voir l’évolution de l’état brut à quelque chose de fini, de brillant. Et puis ce que j’aime beaucoup, c’est le contact avec la clientèle : on peut parler du métier, on peut échanger, c’est passionnant. Et quand je les revois qui portent l’une de mes créations,  je suis fière surtout qu’eux sont très fiers aussi parce qu’ils savent que le bijou leur correspond car j’ai réussi à cerner leurs attentes. C’est sûr, ce ne sera vraiment pas le bijou commun qu’on va retrouver ailleurs, et c’est ce qu’ils viennent rechercher ici.

On va revenir à votre parcours, quand vous avez fini vos études, vous avez travaillé dans une entreprise ?

Oui, plusieurs entreprises, des entreprises familiales, c’est-à-dire des petits ateliers. C’est là où on apprend le plus. Mais il ne faut pas négliger les grosses entreprises : je conseille d’ailleurs à mes stagiaires d’aller y travailler, c’est formateur.

Et ensuite, le déclic, l’envie de vous installer à votre compte ?

Oui,  c’est beaucoup plus facile pour moi car je suis à la maison, je peux travailler le soir tard par exemple.

Et puis vous avez la liberté de vous organiser dans votre travail …

Voilà, ça n’a pas de prix. J’ai la liberté aussi de travailler comme je le veux : faire un bijou du début à la fin comme je l’ai imaginé.

Quand vous vous êtes installée, il a fallu des fonds, aller voir des banquiers ; on entend parfois des femmes qui disent  qu’elles sont moins prises au sérieux par les banquiers, il y a plus de doutes, plus d’hésitation, comment ça s’est passé pour vous ?

Alors, quand je suis allée voir les banquiers, j’étais très sûre de moi.  Au bout de huit rendez-vous, je me suis rendue compte que personne n’adhérait à mon projet.

Et puis il y en a eu un qui m’a fait confiance, et je me suis dit « Il me fait confiance, je ne peux pas le décevoir ». De plus, j’ai été aidée par une association qui s’appelle Nièvre Initiatives Locales : grâce à elle, j’ai aussi eu une marge de manœuvre un peu plus importante pour un fonds de caisse…

Cela fait 12 ans que vous êtes installée ? Des débuts pas faciles peut-être ? Il faut le temps de se faire connaitre, de se créer son réseau de clientèle ?

C’est très long. C’est vraiment le bouche à oreille qui est la meilleure publicité, sachant que je pourrais dire qu’après 10 ans, j’ai moins de publicité à faire, elle se fait d’elle-même.

Quels sont les aspects du métier un peu plus contraignants ?

L’aspect administratif, ça prend énormément de temps, facilement 40 % du métier quand on est à notre compte. Il faut aussi gérer les vitrines, les fournisseurs, remplir les registres de douanes….

Quel a été le regard de vos parents, de votre entourage quand vous leur avez dit que vous vouliez faire ce métier ?

Ils étaient très fiers parce que pour eux, c’est une profession de prestige.

C’est un métier qui évolue ?

Oui, aujourd’hui on a beaucoup de fabrication avec l’imprimante laser, avec le 3D, des choses comme ça.

Qu’est-ce-que vous diriez à une jeune fille qui se dit « je découvre ce métier, ça me plairait, mais bon… » ?

Il faut y aller, aller jusqu’au bout de son envie, de son rêve… et effectuer plusieurs stages en entreprise pour se rendre compte des différents environnements de travail…