Portrait 15 : Dans la Nièvre, à Suilly-la-Tour, Gaëlle GUYOT Tailleure de pierre

Dans le cadre de la Semaine de la Mixité des Formations et des Métiers dans la Nièvre, FETE est allée à la rencontre de professionnelles qui exercent des métiers encore peu féminisés.

Gaëlle GUYOT, tailleure de pierre.

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Gaëlle, quel est votre parcours de formation ?

J’ai commencé par préparer un CAP Taille de pierre et marbrier à Orléans en  deux ans puis j’ai obtenu mon CAP ;  ensuite,  j’ai préparé un BEP en 2 ans également en alternance au sein de l’entreprise Sauvanet à Suilly la Tour. Une fois que j’ai obtenu mon examen, je suis restée dans l’entreprise où j’ai pu signer un CDI. Deux ans après, j’ai fait une formation de 18 mois chez les Compagnons, toujours à Orléans : une formation de Maitreur tout corps d’état, ce qui me permet, si toutefois j’ai des soucis de santé plus tard, de pouvoir me réorienter.

Comment, si jeune on se dirige vers la taille de pierre ? Comment vous est venue cette envie, pourquoi ce choix en fait ?

Je suis allée au lycée, en enseignement général comme beaucoup de jeunes. J’ai fait une seconde et une première en économie mais ça n’allait pas très bien et j’ai redoublé. Ma professeure d’histoire m’a dit « Tu ne peux pas continuer, il faut faire autre chose, ce n’est pas pour toi le général. »  Mais, je n’avais aucune idée de ce que je pouvais faire. Et puis un ami de mes parents, qui lui est graveur sur pierre m’a dit « Tiens,  il y a le CAP taille de pierre qui est pas mal ».  Et  donc je me suis lancée dans cette voie.  La première année, c’est toujours un peu de la découverte, et la deuxième année on sait qu’il y a l’examen donc il faut foncer, on n’a pas le choix.

Finalement, en apprenant le métier vous avez appris à l’aimer?

Oui, c’est devenu une passion.

Il y avait beaucoup de filles avec vous en CAP et en BP ?

Il y avait trois filles en CAP. Et en brevet professionnel j’étais la seule fille.

Comment ça s’est passé ? Il y a parfois des parents qui se disent « Je ne veux pas envoyer ma fille dans une filière où il y a que des garçons… »

Ça se passe bien. Je pense que c’est comme tout, il faut avoir sa personnalité, il faut avoir un bon caractère, il ne faut pas se laisser marcher dessus et ce n’est pas facile parce que c’est quand même un milieu  un peu macho. il y a des entreprises qui n’ont pas encore beaucoup évolué sur les métiers dits d’hommes et de femmes, mais bon après il faut savoir se faire sa place et on y arrive.

Qu’est-ce que vous faites sur votre poste au quotidien ?

Concrètement je fais de la taille de pierre. On utilise aussi bien du matériel manuel que du matériel électroportatif, électrique donc tout ce qui est disqueuse tout ça.

Quelle pierre taillez-vous ?

Ici, on a essentiellement de la pierre de Verger, une pierre dure et la pierre de Garchy qui est extraite à une dizaine de kilomètres d’ici.

Que fabriquez-vous ?

On fait de la restauration de monuments publics, de maisons particulières, de bâtiments commerciaux. On fait également de la décoration : des revêtements de sols, des escaliers, des cheminées, et des salles de bain et cuisines.

Il y a aussi la construction : on taille la pierre pour faire du dallage, des corniches, donc les deux pierres peuvent servir pour de la corniche, pour du dallage, on peut vraiment tout faire, tout est possible en pierre : entourage de piscine, façades corniches, que ce soit à destination des particuliers ou des professionnels.

Ce sont des commandes ? Vous travaillez pour des entreprises ?

On travaille pour des entreprises, des particuliers, des communes, pour l’étranger. Les gens appellent, vont sur notre site internet, passent au bureau, passent en carrière et nous demandent ce qu’on fait, ce qu’on peut leur proposer, ils nous montrent ce qu’ils voudraient…On s’adapte, tout est vraiment réalisé selon  la demande du client.

Depuis combien de temps travaillez-vous dans cette entreprise ?

Ca va faire douze ans en septembre.

Ça vous plait toujours autant ? Il  n’y a pas de routine dans ce métier ? Qu’est-ce qui fait qu’on ne se lasse pas ?

Si, il peut y avoir de la routine quand c’est des chantiers de voieries, où  il y a de la bordure de trottoir à faire, mais ce n’est pas non plus tout le temps.

Est-ce que c’est physique ?

Non, les gens croient ça mais non pas du tout, on n’est pas non plus à l’âge de pierre où on porte les cailloux sur le dos ! On a quand même toutes les machines de levage pour et on ne peine pas du tout, il ne faut pas croire ça !

Vous travaillez des gros blocs de pierre ?

Oui, ça peut être vraiment très gros.

Vous avez des collègues hommes ?

Oui, tous. A part dans les bureaux où ce sont des femmes.

Comment ça s’est passé quand vous êtes arrivée ?

Au début j’avais un petit peu peur, parce qu’on arrive dans un endroit où il n’y a que des hommes, on ne connait pas et en fait ça se passe super bien, je n’ai pas eu de souci particulier.

On entend souvent dire quand on rencontre des professionnelles femmes qui exercent des métiers dit masculins qu’elles ont du faire leurs preuves deux fois plus avant de se faire accepter ? Ca s’est passé comme ça pour vous aussi ?

Non, ici, dans l’entreprise, je n’ai pas eu cette impression la du tout.  Mais avec certains clients oui, il faut plus faire ses preuves, parce-que ayant en face d’eux une  femme, ils se disent qu’elle va être nulle, qu’elle ne va rien comprendre.

Il y a quand même une remise en cause des compétences…

Oui, ça m’est arrivé une fois, avec un client : il a fallu carrément que je lui explique mon parcours et mes diplômes, et tout ça pour qu’il ait confiance, mais maintenant quand je le vois ça se passe très bien.

Quelles qualités faut-il avoir pour exercer ce métier ?

Je dirais beaucoup de minutie, parce qu’il faut arriver à un produit bien travaillé, assez fin. Et il faut être assez bon en maths, parce qu’il y a beaucoup de calculs, et le dessin technique aussi.  Après c’est l’envie, la passion.

Quel a été le regard de vos parents, de votre entourage sur ce choix ? Est-ce que ça a suscité des interrogations ?

Quand j’ai dit ça à ma mère, elle a eu peur ; mon père, lui,  était beaucoup derrière moi et c’est toujours le cas maintenant.  Je parle beaucoup plus de mon métier avec mon père parce qu’il adore la maçonnerie ;  il est fier de ce que je fais.

A votre avis que faudrait-il faire pour faire évoluer les mentalités, et qu’on ne parle plus de métiers d’hommes et de femmes ? Quelle est la réaction des gens quand vous leur dites ce que vous faites ?

Les gens sont plutôt admiratifs, ils posent toujours les mêmes questions « Ce n’est pas trop dur pour une femme ? Vous avez dû en baver ? » Et non ce n’est pas plus dur qu’autre chose, on voit maintenant des femmes qui sont routiers, des femmes qui sont mécaniciennes, je pense qu’on est égales aux hommes et il faut le dire !

Que diriez-vous à une jeune fille qui serait attirée par ce domaine-là, mais qui hésiterait justement parce qu’elle se dit qu’elle va se retrouver dans un milieu d’hommes, ne serait-ce qu’en formation ?

Je lui dirais qu’il faut essayer, qu’il faut tenter ;  qui ne tente rien, n’a rien !