FETE à la rencontre d’Eliana Magnani, chargée de recherche au CNRS et signataire de la contre-pétition « députés et savoir-vivre ».

Rappel du contexte : Ces derniers mois, l’Assemblée Nationale a été le théâtre de manifestations d’un sexisme ordinaire : sifflets moquant la robe de Cécile Duflot alors ministre, caquètements offensants couvrant la voix de la députée Véronique Massoneau et très récemment refus d’un député UMP de qualifier Sandrine Mazetier de « Madame la Présidente ». Sanctionné pour comportement sexiste, ce dernier a reçu le soutien des députés Henri Guaino et François Fillon dans une pétition de 142 signataires.

En réaction et pour exprimer tout leur malaise face à ces manifestations de sexisme, 142 femmes universitaires proclament leur attachement aux valeurs d’égalité et de respect entre les femmes et les hommes dans le Manifeste « députés et savoir-vivre ».

Ces femmes sont de toutes tendances politiques, de toutes disciplines, de tous âges et de toutes les régions françaises. FETE l’Egalité le Blog est allée à la rencontre de l’une des quatre signataires Bourguignonnes* : Eliana Magnani, chargée de recherche au CNRS.

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Crédit photo: Eliana Magnani

Bonjour Eliana Magnani, pouvez-vous nous expliquer comment est née cette contre-pétition ? Qui en est l’initiatrice ?

Bonjour, j’ai été contactée par Florence Soriano-Gafiuk, professeure en mathématiques à l’Université de Lorraine. Particulièrement choquée par la montée des actes de sexisme à l’Assemblée Nationale, elle a souhaité réagir ; d’où cette initiative.

On aurait pu penser que la réaction aux agissements sexistes des hommes politiques serait venue des femmes politiques, or la pétition est à l’initiative du monde universitaire ? Pourquoi ?

Il n’y a que 27 % de femmes députés à l’Assemblée Nationale et parmi ces femmes, il y en a tout de même 10 % qui ont signé la pétition Guaino-Fillon. C’est bien le signe que ce qui se passe est un problème social et non purement politique. Les femmes sont des actrices sociales importantes, qui agissent dans tous les domaines de la société dont celui de l’Université. L’Académie Française, consultée sur la féminisation des noms des fonctions,  n’est pas la seule légitime pour exprimer son avis sur un sujet aussi important que l’égalité hommes-femmes. C’est pour cela que j’ai choisi de m’engager en signant la contre-pétition « députés et savoir-vivre ».

Avez-vous déjà été victime ou témoin d’actes de sexisme dans votre vie professionnelle ?  Quel comportement adoptez-vous alors en réaction ?

Au début de ma carrière, j’ai souvent été la seule femme dans des réunions de service. Alors, j’ai entendu des remarques et de comportements désobligeants voire choquants à l’égard de certaines de mes collègues femmes, du type ‘elle est bien roulée celle-là’.

Dernièrement une jeune étudiante bourguignonne a été élue à un concours de beauté. Des mails plus ou moins crus ont circulé ; des enseignants se lamentant de ne plus pouvoir apprécier cette beauté lors de leur cours en amphithéâtre. Ce sont là de véritables violences verbales qui placent les femmes dans une position d’objet. Il ne faut pas laisser ces comportements se banaliser, se normaliser mais au contraire les combattre farouchement. La vigilance doit être constante.

Le débat sur la féminisation des noms de métiers, fonctions, grades ou titres a été relancé après l’épisode de « Madame le Président ». L’Académie Française a donné raison au député : une fonction ne se féminise pas. La personne ne doit pas « empiéter sur la fonction dont elle est investie, mais au contraire s’effacer derrière elle ». Aussi, l’usage du générique masculin est une règle à laquelle il ne faut pas déroger. Quelle est votre position sur le sujet ?

Oui bien sûr, il faut féminiser les noms de métiers et les fonctions. La position de l’Académie Française est celle d’une institution conservatrice qui ne tient malheureusement pas compte des évolutions sociétales. Comme le dit la linguiste Eliane Viennot, « non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin ». Au moyen âge il était d’usage d’utiliser le masculin ou le féminin, suivant la personne qui exerçait le métier ou portait le titre ou la fonction. Et puis il y a eu un mouvement fort de masculinisation et l’invention de la règle qui veut que ‘le masculin l’emporte sur le féminin’. Aujourd’hui il n’est pas anormal de parler de professeure ou d’autrice, ces termes ont déjà existé.

D’autres actions sont-elles prévues par les 142 universitaires, guide de bonne conduite à destination des députés, action de sensibilisation aux seins de commissions… ?

Pour l’instant seul un blog a été créé. Il permet de recueillir de nouveaux soutiens, d’hommes et de femmes pour la pétition et aussi que la vigilance perdure.

*Maud Navarre, docteure en sociologie, Magali Danner, maîtresse de conférences en Sciences de l’Education, Maréva Gabillot, chargée de recherche CNRS en archéologie.

 

Pour aller plus loin :

Retrouvez la contre-pétition dans son intégralité sur le blog : http://www.deputes-et-savoir-vivre.fr/

Retrouvez la tribune d’Eliane Viennot publiée le 24/10/2014 dans Libération au lien suivant:

http://www.liberation.fr/politiques/2014/10/23/mme-le-president-l-academie-persiste-et-signe-mollement_1128128