Femmes de lettres, où êtes-vous ?


Marguerite Duras au travailLe manuel scolaire n’est pas un livre comme un autre : il dispose d’un contenu spécifique dans la vie de l’enfant à l’école et au cours de son apprentissage, et même dans la vie des enseignant-e-s et des parents dans une moindre mesure.

« Les manuels scolaires français se conjuguent au masculin. »

Cette phrase n’est pas tirée d’une leçon de grammaire mais est le constat dressé par le Centre Hubertine-Auclert dans sa dernière étude annuelle. En effet, les 17 manuels analysés pour cette étude, ont été écrits à 70 % par des femmes alors que moins de 3 % des auteur-e-s cité-e-s sont des femmes. Logique ? De plus, sur les 254 biographies de personnalités recensées, seulement 11 d’entre elles sont celles de femmes. Par ailleurs, si les femmes sont un brin présentes dans les œuvres étudiées, c’est souvent sous le regard masculin ; la femme icône de beauté, la femme amante, animale ou fatale.  Ainsi, les jeunes filles des classes littéraires sont privées de modèles de femmes de génie auxquelles elles pourraient s’identifier, ce qui laisse la place, par la même occasion, aux arguments favorables aux stéréotypes réduisant la place des femmes dans la culture et la société passée et actuelle.

Alors, jusqu’à quand le masculin va-t-il l’emporter sur le féminin ? Quelles solutions apporter ?

Plusieurs mais rares manuels traitent aujourd’hui la question des rapports sociaux de sexe et des inégalités qu’ils génèrent. Ces progrès se font à pas de loups mais ils se font ! Par exemple, un manuel de seconde professionnelle propose une page entièrement dédiée à George Sand (une des seules auteures régulièrement étudiées en littérature) et à son combat pour l’éducation des filles. Une autre est consacrée à Samantha Davies, seule femme à avoir participé à la course du Vendée Globe en 2012, afin d’aborder le sujet du sexisme dans les médias et le sport. Cependant, les bonnes pratiques restent minoritaires.

La Belgique francophone répond à son tour ! Suite à une étude similaire à l’étude française du Centre Hubertine-Aubert, le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles est sur le point d’ajouter « la promotion de l’égalité des genres » aux critères d’agrément des manuels scolaires.

En effet, l’étude en question ayant prouvé la « sur-représentation des garçons par rapport aux filles »,  la proposition de décret a obtenu le feu vert pour examen ce mercredi 18 mai 2016, changer les choses dans les manuels scolaires étant alors devenu « un pas symbolique vers une égalité encore loin d’être acquise dans le système éducatif ».

BAC L : Poétesses, actrices, chanteuses, femmes de loi, militantes, écrivaines, comédiennes… Où sont passées nos femmes de lettres ?

Depuis 2011, toutes les œuvres inscrites au programme obligatoire de littérature du BAC L ont été écrites par des hommes. Une professeure de français, Françoise Cahen, dénonce cette sélection 100 % masculine dans un billet intitulé Les couilles du bac littéraire (http://fcahen.neowordpress.fr/2016/04/22/les-couilles-du-bac-litteraire/), suite auquel elle lance une pétition : « Donnez leur place aux femmes dans les programmes de littérature au bac L ». En deux semaines, elle reçut 3 500 signatures avant d’être relayée par plusieurs médias nationaux.

Face à un tel retentissement, l’ancienne ministre des Droits des Femmes et désormais en charge de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, ne pouvait que réagir, sur le site Change.org et dans un communiqué officiel : « la question de la place des femmes, de leur image, est pour moi essentielle ». Ainsi, « la place respective des auteures et des auteurs » sera ajouté aux critères existants pour que les œuvres des auteures femmes puissent être étudiées. Plus encore, Najat Vallaud-Belkacem poursuit son projet et informe qu’ « un travail de sensibilisation sera par ailleurs mené afin que ce critère soit aussi retenu dans le choix des textes sélectionnés pour les sujets d’examen ».

Cela fait nombre d’années que des militantes se battent pour introduire des écrivaines dans le programme officiel, c’est aujourd’hui la première fois qu’un représentant du gouvernement français y apporte directement une réponse.

Et c’est ainsi qu’au-delà des nombreuses études menées, une professeure fait « bouger les lignes ».

Lien vers la pétition : https://www.change.org/p/najatvb-donnez-leur-place-aux-femmes-dans-les-programmes-de-litt%C3%A9rature-au-bac-l