Céline Lebrun, designer, nous raconte son parcours

Crédit photo : FETE

Céline Lebrun, designer dans l’Yonne, a accepté d’être interviewée pour FETE afin de raconter son parcours dans l’industrie et son projet dans l’entrepreneuriat tourné vers l’éco-citoyenneté.

Céline, vous êtes en train de créer une recyclerie, pouvez-vous nous raconter ?

La recyclerie Au bonheur des chutes consiste à récupérer des matières dans des entreprises industrielles ou collectivités et de les revendre à bas prix dans un magasin, ainsi que des ateliers et animations pour faire découvrir différentes techniques de l’artisanat autour de ces matières. Je développe également des prestations autour de la création d’objets de design en utilisant un maximum de matières différentes. Il s’agit donc d’un projet global destiné à sensibiliser tous publics aux déchets avec un axe concret qui donne envie.

Vous travaillez toute seule ?

Non, je fais partie du Collectif 112 qui est un collectif de créatifs, à savoir deux graphistes, un spécialiste d’applications web et moi pour la partie design, illustrations, recherche de noms de marques, etc…

Quel est votre parcours ?

Après avoir obtenu un bac S j’ai intégré une école d’ingénieur à l’Université de technologie de Compiègne, une des rares écoles en France avec une filière en design industriel. Initialement je voulais plutôt me tourner vers les arts plastiques ou arts appliqués, mais mes parents m’ont convaincue de me diriger vers un parcours d’ingénieure, ce qui m’aide à avoir une certaine crédibilité pour le portage de projets et mener des actions. Pendant mes études je suis beaucoup partie à l’étranger (Chine, Portugal et Pérou), ce qui m’a apporté une grande ouverture d’esprit.  Même si les études durent 5 ans, je n’ai finalement passé que 2 ans ½ sur les bancs de l’école…

Avez-vous facilement trouvé un emploi après vos études ?

Tout à fait, j’ai été embauchée successivement dans deux entreprises de l’Yonne, dont je ne suis pas originaire, toutes deux ayant une démarche d’éco-conception. J’y ai occupé des postes très polyvalents entre le choix du matériel technique, le suivi qualité, la mise en place de process de fabrication, la réalisation de plans techniques, etc… J’ai également beaucoup travaillé sur la partie organisation des ressources humaines, dans le cadre d’un processus de changement de gouvernance allant vers l’entreprise libérée (celui qui fait décide et les autorités sont réparties sur l’ensemble de l’équipe).

Vous êtes jeune, pourquoi avez-vous fait le choix de quitter le monde de l’entreprise et créer votre propre activité ?

Je crois que l’industrie n’est pas faite pour moi avec des personnes qui sont là pour faire et d’autres pour réfléchir… J’ai donc décidé de me tourner vers autre chose, prendre un autre chemin. Et je me suis posée la question de savoir comment faire mon travail de designer sans avoir un impact négatif sur notre société. Je ne veux pas être designer pour créer de la consommation et cela est réellement un gros challenge dans mon parcours professionnel. Depuis janvier 2017 j’ai donc décidé de créer et proposer quelque-chose, monter un collectif autour, intégrer des citoyens dans le projet, rendre acteurs les gens. Et ce processus se met petit à petit en place…

Comment avez-vous procédé ?

J’ai la chance de bénéficier d’un accompagnement très précieux de la Fédération des Foyers Ruraux. J’ai trouvé le Tiers-Lieu, dont l’idée est de regrouper un ensemble de projets dans un même lieu pour créer des interactions qui n’auraient jamais eu lieu. Il s’agit d’un laboratoire de fabrication avec des machines d’impression 3D, de découpe laser, etc… L’objectif est d’amener à tous tout ce qui est numérique et lié à la fabrication. La Recyclerie y a été intégrée et on peut aussi y trouver une partie potager destinée à de l’agriculture urbaine, un espace de coworking pour des indépendants, et un bar associatif pour créer un lieu de rencontre autour de débats citoyens sur des sujets de société, du numérique ou de l’écologique par exemple.

A quoi ressemble votre quotidien aujourd’hui ?

J’appelle de nombreuses entreprises afin de connaître leurs déchets, les visiter, voir ce qu’on pourrait faire ensemble, mais aussi des institutions comme la Chambre de Commerce et d’Industrie ou la Communauté d’agglomération afin de connaître les actions politiques déjà en place et les projets économiques et citoyens. Je fais beaucoup de veille sur internet, je rencontre des acteurs d’autres territoires pour vivre le quotidien d’autres recycleries, je constitue des dossiers pour expliquer le projet, rechercher des financements, argumenter… Et puis je recherche et collecte de la matière, je fais de la communication et anime le collectif.

Comment est en général accueilli votre projet ?

Je rencontre un accueil très enthousiaste car mon projet répond à une vraie problématique. Il pose par contre plus question en termes économique et de mise en place, car il est assez complexe. Je travaille donc sur le modèle économique pour équilibrer des activités rémunératrices qui permettent le financement des actions plus sociales. C’est le principe de l’Économie Sociale et Solidaire.

Qu’aimez-vous plus particulièrement dans votre travail ?

Indéniablement questionner les habitudes pour proposer des solutions de produits ou services afin de les faire évoluer. C’est ce processus que j’aime bien mener qui me fait aller dans des champs très différents. Et pour ceci il faut être curieux, ingénieux, afin de simplifier au maximum et de manière rusée. Il faut réussir à s’extraire de la forme pour être avant tout dans la fonction. Cela s’appelle l’analyse de la valeur.

Avez-vous l’impression que votre métier est mixte ?

Dans mon école d’ingénieur en design, je pense que nous étions à peu près autant de filles que de garçons. Par contre je me rends compte aujourd’hui dans mon quotidien que je suis beaucoup plus entourée de garçons. Il me semble que cela est habituel dans le monde entrepreneurial en général et dans l’industrie particulièrement. Pour ma part cela ne m’a jamais dérangé. J’espère que ma première participation cette année au Carrefour des Carrières au Féminin aura permis de présenter efficacement mon métier aux jeunes filles présentes. J’aime bien susciter les envies et ouvrir les possibles…