A la rencontre de Laurence Calin, entrepreneure de travaux à l’ONF (Office Nationale des Forêts)

Bonjour Laurence, vous exercez actuellement le métier d’entrepreneure de travaux à l’ONF (Office National des Forêts), pouvez-vous nous expliquer quel a été votre parcours professionnel ?

dvs mars 2015 012 - Copie

Après un bac professionnel ‘travaux publics’, j’ai obtenu le titre de « chef de chantier routes et VRD (Voirie et Réseaux Divers)» et j’ai commencé à travailler à l’âge de 20 ans, d’abord en Lorraine, puis dans toute la France. Entretien, construction et élargissement d’autoroutes, construction d’une ligne de tramway … A 27 ans, je suis devenue responsable viabilité pour une société concessionnaire d’autoroute en Rhône-Alpes. Puis en 2012, j’ai tout quitté pour me rapprocher de mon conjoint en Bourgogne. J’aimais mon travail, mais après plusieurs années de déplacements, j’avais envie de me poser.

D’où vient votre attirance pour les métiers du BTP puis du bois ?

Je suis issue d’une famille d’entrepreneurs en travaux publics, j’ai grandi dans le milieu. Mon père est transporteur routier, et gamine, j’ai passé des heures à ses côtés à livrer des cailloux sur des chantiers. Et tout naturellement j’ai voulu devenir cheffe de chantier. A mon arrivée en Bourgogne, j’ai travaillé quelques temps comme technicienne agricole et ça m’a plu ! Alors j’ai décidé d’entreprendre une formation agricole qui m’a permis d’acquérir des notions en biologie végétale, pédologie…

En choisissant une profession dite ‘masculine’ avez-vous été confrontée à certaines réticences de la part de votre entourage (famille, ami-e-s, enseignant-e-s, employeurs…) ?

Oui, bien sûr, j’ai rencontré de nombreux obstacles dans mon parcours. J’ai ainsi été confrontée au sexisme d’une grande école qui n’acceptait pas de filles à l’époque ; à un supérieur qui tenait des propos machistes et j’ai également le souvenir d’un entretien d’embauche dans lequel l’employeur ne m’a posé que des questions personnelles. J’ai souvent été la seule ou la première femme à un poste, donc ça rend la fonction un cran plus difficile. Mais sur les chantiers avec les équipes que j’ai dû gérer, tout s’est globalement bien passé. J’ai galéré un peu les premières années, comme tout débutant homme ou femme dans ce métier, mais comme je connaissais le boulot, mes collègues m’acceptaient bien. Ma famille et mes amis n’ont jamais été surpris de mon choix !

Aujourd’hui vous exercez le poste d’entrepreneure de travaux à l’ONF, pouvez-vous nous décrire votre métier ?

Ma fonction à l’Office est d’entretenir et de construire des dessertes forestières (routes forestières, pistes de débardage, places de dépôt/retournement, ouvrages d’art…). Tout d’abord en interne, dans les forêts domaniales,  mais aussi pour des communes, syndicats ou propriétaires forestiers… En fait, je suis maître d’œuvre ; j’interviens  de la phase de la conception (études techniques, estimations, consultation des entreprises) à la phase de supervision des travaux jusqu’à la réception, tant sur les aspects techniques que sur le suivi financier. Il faut aussi prendre en compte la protection de l’environnement dans les projets (impact  sur le paysage ou sur les milieux aquatiques, les espaces protégés, la gestion des déchets…). Je partage mon temps entre le terrain, pour les métrés, les réunions ou le suivi des chantiers, et le bureau, pour le montage des marchés par exemple.

Il est courant d’entendre que les femmes n’ont pas leur place dans les métiers physiques qu’en pensez-vous ?

Je ne suis pas d’accord, une femme est autant capable qu’un homme. Tout se joue dans le mental, avec de la motivation, du courage et surtout de la persévérance. Les femmes qui ont cela y arriveront mais cela sera certainement plus long que pour un homme. Je me rappelle d’un formateur qui m’avait dit un jour : « une femme, pour réussir dans ce milieu, elle doit doubler ses compétences. C’est-à-dire exceller ». C’était à mes débuts, et je pense qu’il avait raison ! Mais une fois qu’on a prouvé ses compétences, cela se passe bien. Avec du recul, je dirais que la seule difficulté est de concilier sa vie professionnelle et sa vie personnelle. Sur les chantiers, on n’a pas d’horaires fixes, on part tôt le matin, et on rentre tard le soir. Il y a beaucoup d’imprévus à gérer, cela peut être contraignant.

Avez-vous connaissance de dispositifs ou d’actions mis en place l’ONF afin de favoriser la présence de femmes dans ce secteur d’activité ?

Non, je n’en ai pas connaissance. Il semblerait qu’il y ait de plus en plus de femmes à des postes techniques ces dernières années. La principale voie de recrutement est un concours donc il n’y a pas de différence entre hommes et femmes, si ce n’est qu’avec les stéréotypes sur les métiers du bois ce sont essentiellement des hommes qui passent le concours. Pour ma part, je suis contractuelle, j’ai été recrutée suite à un entretien d’embauche.

Quels conseils donneriez-vous à une jeune fille qui souhaite s’orienter vers les métiers du bois mais qui n’oserait pas franchir le pas de peur de se retrouver dans un environnement quasi masculin ?

Qu’il ne faut pas s’arrêter à cela ! Chaque métier a ses difficultés, l’important est de faire des études et exercer un métier qu’on aime, il faut suivre ses passions. Et ce n’est pas parce qu’on fait un métier d’homme, qu’on doit ressembler à un homme ! Il faut rester soi-même tout en restant cohérente avec le travail que l’on exerce. Ce sont les différences qui font les richesses d’une équipe. Nous sommes en 2015, beaucoup de femmes ont déjà fait leurs preuves dans ces secteurs dits masculins, alors il n’y a plus lieu d’hésiter, les pionnières ont ouvert la voie!

(1 commentaire)

    • calin on 16 mars 2015 at 13 h 43 min

    Bonjour,
    Je peux vous confirmer que Laurence a foncé et tenu tête pour réussir son parcours :

    – Entretien d’entrée à l’école de travaux publics : « Qu’est-ce que vous venez faire chez nous ? Vous êtes littéraire et linguiste. »
    – Stage en entreprise :  » …Oubliée pour le repas de midi, sur un front de taille qu’elle devait nettoyer de sa terre à la balayette, et ce, pour une « visite prochaine du donneur d’ordres »… il n’y a pas besoin de dessin.
    – aucun entretien d’embauche dans sa région.
    – premier poste à 700 kms de chez elle,….qui, grâce à ses compétences, lui a permis de s’ imposer dans son métier.

    Oui, la passion, le courage, la persévérance et le soutien familial sont nécessaires pour s’ imposer dans un métier « masculin ».
    La réussite n’est pas le fruit du hasard, mais quelle belle récompense .

    Si vous êtes vraiment décidée pour faire un métier…..alors foncez, imposez-vous et ne vous laissez rabaisser sous aucun prétexte.

    Bonne chance à toutes.

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